* 13 octobre – To end a war

Brèves des jours précédents

Territoire contesté ou occupé par la force, population minoritaire dans un Etat qui la discrimine s’arrimant à un voisin qui lui est culturellement homogène ; principe d’intégrité territoriale brandi contre celui d’autodétermination des peuples (encore faut-il reconnaître chez soi l’existence de peuples autochtones), le droit international est à court de solutions évidentes aux conflits de nationalités. Or, ceux-ci  sont nombreux et durent des décennies, entrecoupés de périodes de combat et de répits fragiles. Le Cachemire (depuis 1947 !), la Palestine, l’Irlande du Nord, la Bosnie, le Kosovo, la cause kurde en fournissent quelques illustrations.

L’affrontement actuel entre séparatistes du Haut Karabakh soutenus – et même dirigés – par l’Arménie et l’armée d’Azerbaïdjan, plus puissante et sans doute à l’initiative, n’est pas seulement dramatique et militairement sans issue, il est en effet insoluble par le seul recours au droit. Confronter la volonté d’une population à la souveraineté territoriale d’un Etat (on parle bien d’un territoire occupé, appartenant à Bakou) conduit en effet à l’impasse. De plus la géographie de cette partie du Caucase montre des territoires sans continuité, parsemés d’enclaves. C’est l’héritage monstrueux de Staline qui dicte la géographie de la région.

Resterait en théorie l’échange de concessions et une résignation, de part et d’autre, à un compromis mal taillé, en tout cas frustrant. Ceci exigerait un niveau d’accommodement élevé, très déstabilisant pour les pouvoirs belligérants en place.  Otages de la flambée nationaliste qu’ils ont insufflée à leurs bases, ils risqueraient de ruiner, à ce jeu, leur soutien populaire. Ceci vaut pour l’Arménie démocratique comme pour l’Azerbaïdjan autocratique, qu’une ‘’paix des braves’’ exposerait à des retours de flammes. Un autre écueil tient à la fragilité, dans le temps, de tout compromis focalisé sur le seul arrêt des hostilités, perspective qui ne traite pas le problème de fond.

Fatalité supplémentaire, les puissances régionales se mêlent des affrontements, les amplifiant et nourrissant par le truchement de leurs armes, de leurs mercenaires et d’autres apports en renseignement, en propagande, etc. Elles y surajoutent  leurs propres objectifs ‘’impériaux’’. La Turquie s’est mise dans ce rôle inflammatoire. Israël apparaît dans le même camp, en ‘’fournisseur’’. La Russie, en légataire assumé de l’ancien glacis soviétique, fournit, elle, une caisse de résonnance régionale et mondiale qui rigidifie la posture arménienne (son grand ‘’allié’’ rendant inutile une vraie coexistence de voisinage avec l’Azerbaïdjan). Moscou impose une gestion féodale des tensions – de suzerain à vassaux – qui marginalise le droit et sert ses intérêts de Maître du jeu. Poutine n’a d’ailleurs pas vraiment brillé pas ses talents de stratège et de ‘’faiseur de paix’’. Le cessez-le-feu arraché par la diplomatie russe aux belligérants ne s’est pas concrétisé.

Les structures créées sous la détente pour régler les conflits dans la grande Europe – OSCE, Groupe de Minsk s’agissant spécifiquement du Karabakh) – font de la figuration, sans opérer vraiment. Il faudrait faire appel, à nouveau, Richard Holbrooke et aux autres négociateurs de la paix en Bosnie durant la décennie 1990. Certes, ils n’ont que partiellement converti les esprits, mais, 25 ans après, cette paix tient encore !

*29 septembre – Bombe à retardement, dans le Caucase

Brèves des jours précédents

Voilà que les spasmes d’agonie de l’Union soviétique se rappellent à nous, comme si le Moyen Orient, la Biélorussie, la fantasia turque et les tourments de l’Afrique … sans oublier la pandémie Covid… ne suffisaient pas ! Depuis deux jours les bombardements se déchainent dans le Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, faisant des victimes et laissant craindre, au-delà-même des protagonistes directs, l’embrasement complet de la guerre pour l’enclave montagneuse du Haut Karabakh. La France, la Russie et l’OTAN ont appelé à la cessation immédiate des hostilités dans ce territoire contrôlé par l’Armée arménienne.

Les manipulations territoriales staliniennes pour semer la division entre les républiques fédérées ont des effets durables. On a un peu oublié que depuis les années 1990, le conflit, qui a fait 30.000 morts, ne s’était jamais éteint entre l’Arménie – qui soutient la sécession de ses coreligionnaires et frères ethniques du Haut Karabakh – et l’Azerbaïdjan, au sein duquel l’enclave arménienne a été intégrée. Erevan a changé de leader, à la suite de sa ‘’révolution de velours’’ du printemps 2018. Nikol Pachinian, comme son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, peinent à s’extraire du post-soviétisme et restent tentés par l’aventure militaire. Ceci, sous l’œil tolérant de leurs parrains respectifs : Moscou, pour les catholiques apostoliques (fortement ancrés dans leur alignement géopolitique) et Ankara, pour l’Etat turcophone, privé d’une partie de son territoire. R.T. Erdogan proclame déjà son pays prêt à soutenir ‘’par tous les moyens, le pays frère’’. Erevan, de son côté fait état de l’envoi par Ankara d’armements et de mercenaires sur le théâtre des combats. La surenchère n’est pas loin.

Le groupe de Minsk créé par l’OSCE et créé par la France, la Russie et les États-Unis en 1992 pour solder le conflit avait produit une sorte de cessez-le-feu bancal en 1994. Il est désormais oublié et a été totalement rompu en 2016. Sera-t-il réactivable ? Pour l’UE, Josep Borrell multiplie les contacts en ce sens avec les protagonistes, sans grand espoir de les raisonner. De plus, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d’urgence à huis clos. Du fait de’’ l’absence’’ américaine dans ce forum, les belligérants, qui ont aussi reçu des appels de E. Macron, se sentent les mains libres. Pour l’OSCE, c’est une ultime occasion de montrer qu’elle existe et qu’elle pourrait servir la paix. Mais sa médiation, récusée récemment dans la crise biélorusse, ressort d’une culture de la détente qui n’est hélas plus dans l’air du temps.