* 11 mars – Match Potus – Confucius

Si Donald Trump se montrait surtout agressif et protectionniste à l’égard de la Chine, jouant avec délectation sur le registre des taxes commerciales, son successeur ne s’annonce guère plus indulgent. Depuis l’époque Clinton, Pékin est perçu comme un rival stratégique menaçant, par la classe politique américaine, Démocrates et Républicains confondus. Une méfiance ‘’systémique’’ a guidé les administrations précédentes. Nulle surprise que le dossier ‘’Chine’’ soit la priorité déclarée de la politique étrangère actuelle . Joe Biden a clairement marqué qu’il optait pour l’endiguement (‘’containment’’, en anglais), un mode combinant le bras de fer avec une dose de partenariat raisonné, afin d’éviter l’emballement vers un affrontement frontal dont personne ne veut. L’Amérique ne peut pas faire non plus abstraction de l’imbrication de son économie et des ses finances avec son adversaire principal. La Chine non plus.

Néanmoins, le président démocrate entend bâtir un rapport de force qui lui soit plus favorable, face aux ambitions hégémoniques de la Chine. L’idée est de multiplier les alliances avec les contrepoids disponibles. En prémices au premier dialogue direct sino-américain, prévu la semaine prochaine en Alaska, il mobilise le ‘’Quad’’, un forum de puissances de la zone indo-pacifique (États-Unis, Australie, Inde et Japon) toutes également inquiètes des ambitions stratégiques chinoises. Parallèlement, les Secrétaires d’état et de la défense se rendront en Corée du Sud et au Japon, pour s’entretenir du même sujet. Créé en 2007, le Quad avait très peu fonctionné sous les prédécesseurs de Biden, mais devrait devenir une composante de la politique d’endiguement. Loin d’être innocent, cet outil présente une capacité – limitée mais préoccupante – à accentuer la division de l’Asie en blocs concurrents. Ces concertations à quatre préparent une échéance : celle du premier contact officiel entre les États-Unis et la Chine, à en Alaska, réunissant Anthony Blinken (Secrétaire d’Etat) et Jake Sulliban (Conseiller à la Sécurité nationale), pour les Etats Unis et, côté chinois, Wang Yi (ministre des Affaires étrangères) et Yang Jiechi (son prédécesseur et mentor au sein du Bureau politique), les deux plus hauts responsables des relations internationales du PCC. Cette rencontre ne remettra pas en cause le maintien d’un fil de dialogue entre les deux capitales. En revanche, elle permettra aux deux parties de mieux cerner ce qui ressort de la part – insoluble – de rivalité (le leadership stratégique, les droits humains…) et ce qui peut rééquilibrer la relation dans le sens de progrès (la priorité climatique, la santé, les complémentarités économiques…). La précédente guerre froide américano-soviétique avait accouché d’un âge de raison : la détente. Elle fut temporaire mais constructive. Joe Biden ni Xi Jinping (qui se sont rencontrés quand le premier était vice-président) ne l’ont sûrement pas oublié.

* 28 février – Majesté, votre fils, cet assassin…

Le coup de fil de Joe Biden au roi d’Arabie Saoudite a quelque chose de réconfortant. Nul ne doutait un seul instant que Mohammed Ben Salmane avait bien commandité la mise à mort horrible du journaliste (proche de la famille régnante) Khashoggi, dans les locaux du consulat d’Arabie à Istamboul. Mais publier le rapport très explicite de la CIA, qui ne laisse aucun doute là-dessus, en l’accompagnant d’un aimable boniment au père, voilà qui a de la classe… et du fond ! Washington avait déjà, dans les jours précédents, ‘’coupé le robinet’’ des armements utilisés dans le conflit yéménite, autre caprice sanglant du fougueux MBS, cette réincarnation en pire du jeune Abdallah des aventures de Tintin (il débarque à Moulinsart et se met immédiatement à torturer l’impavide maître d’hôtel, Nestor, en mentant effrontément). Le wahhâbisme et les féodaux qui font subir leur délire à la planète n’ont plus la cote à l’international, même si, pour limiter la crise bilatérale, le secrétaire d’Etat, A. Blinken, concède mollement qu’un partenariat arabo-américain se maintient en mode mineur. Le pétrole n’en est quasiment plus la dominante et le renseignement, même s’il était prolixe, serait d’une fiabilité douteuse. Les bases militaires sont d’utilisation moins libérale que celles de Bahreïn et du Qatar. Reste la précaution consistant à ne pas (trop) déstabiliser la dynastie antipathique des Saoud, pour ne pas provoquer une révolution de type ‘’république Islamique’’, à Riyad, en version sunnite. Biden a agi très fort, mais il ne peut se permettre d’aller jusqu’à sonner le branle-bas au profit des nombreux ennemis musulmans de ce régime, à commencer par l’Iran, qui ne rêve que d’abattre les gardiens de La Mecque. Le Moyen Orient est déjà assez incandescent tel que. Les droits humains peuvent y gagner si la ‘’khashoggisation’’ (inventer un terme stigmatisant coûtant moins cher que d’envoyer la troupe) des régimes voyous s’établit, crise après crise, comme une norme. Les Etats-Unis ont franchit un pas dans la bonne direction, mais ils ne sont malheureusement pas près de passer la main à la Cour Pénale Internationale, qu’ils ne reconnaissent pas (ni les états du Moyen-Orient, d’ailleurs). Ce serait peut-être à l’Europe d’assurer la suite, bien qu’elle ait manifestement la tête ailleurs.