* 25 mai. Piraterie en Baltique

Vous voyagez tranquille à bord d’un avion qui vous emmène, en villégiature, d’une capitale méditerranéenne à une capitale balte de l’Union européenne. Dernières minutes du voyage : la descente vient d’être entamée vers l’aéroport de Vilnius (Lituanie), lequel en principe vous accueillera dans dix minutes… Et bien non ! Un petit groupe d’Igor déclenche une agitation dans l’allée tribord de l’Airbus. Il repousse les hôtesses et éructe un mot slave qui doit vouloir dire ‘’bombe !’’. Les énergumènes sont violents et l’équipage doit encaisser des coups. Pour ajouter au pic d’angoisse soudain, un chasseur Mig 29 apparait à quelques mètres des hublots, côté bâbord. Votre avion vire au sud-est. Le commandant de bord bafouille des excuses confuses : ‘’atterrir à Minsk (c’est où, ça ?)… évacuer le bord … procéder à une fouille des bagages … se soumettre aux ordres des autorités biélorusses (Ah, c’est donc dans l’enclave stalinienne qu’on va être otage !) … délais et désagrément inévitables … Vous imaginez l’ambiance. Vous voilà victime d’un acte de piraterie, tel que défini par le droit international. Celui-ci vous autorise à pendre à un mât les pirates qui vous agressent, mais, dans la pratique, c’est assez difficile.

Vos bagages sont fouillés devant vous et projetés aux quatre coins du hall d’aéroport. Si, par malheur, il y avait eu une bombe cachée dans une valise, la totalité des passagers et des flics patibulaires regroupés autour des bagages aurait explosée en une boule de chaleur et lumière. Mais, aucune bombe, bien sûr, et d’ailleurs l’aéroport de Minsk, pressé de se débarrasser de vous, l’avait reconnu un peu trop tôt, alors que la fouille battait encore son plein. Alors, quoi ? Si : les Igor mettent la main au collet d’un jeune couple d’allure sympathique et emmènent ces deux passagers on ne saura jamais où. Lui est journaliste sur le web, elle, termine ses études supérieures. Ils sont biélorusses (les pauvres…), basés en Pologne, et pour leur malheur ils restent les sujets d’une dictature européenne caricaturale, qui détient, au sein du Continent, le monopole des exécutions capitales. Au quotidien, elle assassine ou fait disparaître comme ‘’terroriste’’ tout sujet coupable de s’être exprimé contre le gouvernement par la terreur d’Alexandre Loukachenko.

Sous la protection de V. Poutine, ce Big Brother est bien installé à Minsk, à quelques centaines de kilomètres de Paris. Qu’avons-nous fait pour aider à rétablir l’état de droit dans son sinistre royaume ? Les Biélorusses se sont dressés en masse – pacifiquement – contre leur dictateur, après qu’il a encore truqué la sixième élection présidentielle qui le maintien au pouvoir depuis trois décennies. En août 2020, le peuple de Minsk est entré en résistance et les militaires de Loukachenko écrasent désormais tout ce qui bouge, en fait, plus grand chose. Les opposants les plus repérables ont fui en Lituanie (où la direction politique du mouvement démocratique s’est repliée) ou en Pologne. Les rues de la capitale ont été ‘’nettoyées’’ et le tour semble venu d’opérer de la même façon, dans les sanctuaires des Etats voisins. D’où le recours à la piraterie.

Bruxelles, dont les sanctions ont été plutôt ponctuelles et symboliques contre ‘’l’Ogre de Minsk’’, sort de léthargie, à l’occasion du conseil européen en cours. L’occasion est trop belle de montrer que l’UE est un grand acteur : l’Etat-pirate sera puni d’une interdiction d’espace aérien européen. Comme personne, chez nous, ne veut aller à Minsk, mais que le trajet inverse est vital pour le ‘’Belarus’’ et que ça ne gênera pas trop Poutine, l’Europe a trouvé une réponse ferme et courageuse qui ne lui coûtera pas cher ! Pour autant, ce beau geste identitaire va-t-il œuvrer au retour de la démocratie ? Si même c’était le cas (chose non-évidente), Moscou ne le tolèrerait pas (chose certaine). Dans un passé pas si lointain, les services dits secrets occidentaux ont eux, aussi, procédé à des actes de piraterie aérienne. Souvenons-nous de l’affaire Ben Bella, relative aux dirigeants du FNL algérien en route pour Tunis et dont l’appareil fut détourné sur Alger par le SDECE, en 1956. Peut-être que les successeurs de notre organe d’Etat musclé pourraient opérer finement … cette fois, pour faire atterrir Loukachenko à La Haye, juste devant la porte de la Cour Pénale Internationale. Bingo, la Justice !

*12 février – L’internationale des ennemis du peuple

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU tient une session extraordinaire sur la Birmanie. La position de Pékin et de Moscou, supports habituels de l’armée birmane aux Nations unies, sera observée de près. L’engagement rétabli des Etats Unis pour les droits et la démocratie va conférer une résonnance nouvelle à ces travaux. Ils revêtent en effet une dimension de test géopolitique Est-Ouest. Pour le monde émergent, bien que les turpitudes des militaires birmans restent une source d’embarras, l’appartenance de Naypyidaw à l’ASEAN, un groupe régional respectable, paraît à beaucoup une garantie suffisante.


Les militaires putschistes de Birmanie ont ‘’levé la punition’’ de quelque 23 000 détenus, à l’occasion du Nouvel An lunaire. Il est très peu probable que cette amnistie coutumière, destinée à délester les prisons surpeuplées une fois par an, concerne également Aung San Suu Kyi, la cheffe du gouvernement et ses collaborateurs renversés par eux, ni les élus locaux de la Ligue Nationale pour la Démocratie. La peur s’installe dans la population, alors que la police tire désormais sur des manifestants. Bien qu’en nombre moins important depuis l’interdiction de rassemblement, l’état d’urgence et le couvre-feu, les Birmans descendent dans la rue. Ils exigent la libération des détenus politiques, la fin de la dictature et l’abolition de la Constitution de 2008, taillée sur mesure pour l’armée. Les fonctionnaires entament une forme de résistance passive qui irrite au plus haut point le général Min Aung Hlain, patron de la junte.


En Biélorussie, le dictateur fanfaronne devant un parterre de 2700 fidèles en uniforme vert. Le scénario est à peine différent : les élections ont été, là aussi, confisquées et le peuple est sorti, de la même façon, protester contre la dictature. « Tout dépendra de notre unité avec la Russie. Nous pourrons assurer la stabilité de nos (deux) pays seulement si nous sommes unis », déclame Alexandre Loukachenko. La « blitzkrieg »’ de l’Occident a échoué à renverser la situation  »en utilisant la Biélorussie comme un tremplin d’attaque contre Moscou ». De fait, les démocraties ont tergiversé et se sont contentées de bonnes paroles. A Moscou, le régime fustige les défenseurs d’Alexeï Navalny taxés d’être manipulés par l’Occident. A Pékin, la fureur gronde contre les Etats Unis et leurs alliés, qui osent poser à l’ONU la question de l’enfermement des Ouigours du Xinjiang. A Djeddah, la haine sourd silencieusement contre l’initiative américaine de  »ressortir » en plein jour l’assassinat odieux du journaliste Khashoggi. « Soixante-seize pays dans le monde respectent – pas trop mal – l’état de droit. Cela en fait près de 130 qui n’en ont cure et veulent seulement que chacun reste ‘’maître chez soi’’. Bonne chance aux travaux du Conseil des droits de l’Homme !

*7 octobre – Un peuple se bat pour la Liberté

Brèves des jours précédents

Svetlana Tikhanovskaya s’adresse aujourd’hui, en visio-conférence, au Parlement français. Vainqueur du scrutin du 9 août, brutalement privée de sa victoire par la répression déclenchée par A. Loukachenko, elle ne manquera pas d’encourager les élus à intensifier la pression – dont les sanctions – sur le régime barbare régnant à Minsk, qui entend vendre chèrement sa peau. C’est surtout à l’opinion citoyenne que la tête de file du triumvirat féminin s’adresse. Dans le contexte de pandémie, qui favorise peu l’esprit géopolitique et militant, les Françaises et les Français tardent à entendre l’appel de la Liberté en Biélorussie. Le soulèvement du peuple biélorusse entre pourtant dans son troisième mois.

Chaque dimanche, l’opposition, très majoritaire, tient pacifiquement la rue, s’organisant contre les aspects policiers mais aussi professionnels et financiers de la répression. Le Conseil de coordination de l’opposition s’est installé à Varsovie, préfigurant un noyau de gouvernement en exil. Depuis ce point d’appui, ses membres multiplient les contacts avec la classe politique et les associations citoyennes de l’Union européenne. E. Macron a bien voulu avoir quelques mots aimables pour leur cause, en passant par Vilnius. Il s’est même engagé à ‘’faire quelque chose’’ pour les très nombreux prisonniers politiques arrêtés, escamotés et parfois torturés par les spadassins du Régime. Rappelons que Loukachenko s’est longtemps singularisé comme un adepte et admirateur d’Adolph Hitler. Cela devrait suffire à le faire juger mais, par crainte de froisser son protecteur, Poutine, maître du jeu dans cette partie de l’Europe, il n’est même pas visé par des sanctions. Dans ce genre de situation, il appartient aux élus et aux sociétés civiles libres de maintenir la pression. Il doit y avoir un partage des tâches entre les institutions d’Etat qui gèrent la complexité géopolitique et les peuples qui réclament solidarité et justice. On voudrait les entendre plus fort qu’actuellement, malgré la dispersion de notre attention entre la campagne américaine, la Haut Karabakh, le rebond du Covid, etc

* 2 octobre – Géopolitique par la barbichette

Brèves des jours précédents

Chypre a finalement accordé son feu vert à une prise de décision du Conseil européen sur la Biélorussie et cessé de bloquer l’adoption de sanctions contre le régime de Loukachenko. Ainsi vont les marchandages au sein d’une structure collective comme celle des  »27 », où les egos nationaux conditionnent l’issue des débats. Nicosie exigeait que soit préalablement actée une condamnation de la prospection gazière ‘’musclée’’ que mène la marine turque dans sa zone économique exclusive et ses eux territoriales. Ce qui a été fait. Par conséquent, les avoirs financiers en Europe d’une quarantaine de dirigeants biélorusses – hormis Loukachenko lui-même – impliqués dans le trucage de l’élection présidentielle et la répression des manifestations populaires (pacifiques) seront gelés.

Cela ne va pas vraiment loin mais, symboliquement, marque une attention et un jugement européen sur le drame qui se déroule à Minsk. Angela Merkel a pu parler d’un « signal important » – en fait, ‘’minimum’’’ – vers ceux qui se mettent en travers de la démocratie. Le recours massif à la torture aurait dû être fortement dénoncé. La Grande-Bretagne et le Canada avaient, eux, franchi le pas bien avant. Le message reste un peu brouillé par l’imbrication des mesures sans rapport visant respectivement Minsk et Ankara.

De son côté, le président turc, Erdogan, a été invité à « saisir l’offre » (de négociations ?) des dirigeants européens’’, lesquels sont convenus de juger « avant la fin de l’année si des développements positifs ont été enregistrés », dixit Charles Michel. « Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition », prévient Ursula von der Leyen, Il semble en fait que la relation avec la Turquie se discutera de façon plus conséquente au sein de l’Alliance atlantique, où rien n’est gagné par avance, vu l’inconséquence des Etats-Unis. Quant aux Biélorusses, dont la dirigeante morale a reçu, de façon opportune, la visite du président français, ils doivent se dire que l’UE ne déploie pas ‘’le grand arsenal’’ pour eux. Elle tourne plutôt son regard vers Moscou, un regard excessivement géopolitique. Pour la cause de la liberté d’un peuple d’Europe, on aimerait entendre les autres peuples d’Europe s’exprimer fortement.