* 29 janvier – Le monde dans une seringue

Les Nations Unies, avec le programme Covax, l’Europe des 27 aussi, n’ont produit que des velléités de solidarité sanitaire. Mais, fi du multilatéralisme, l’heure est à marquer des points en poussant des intérêts égoïstes. L’avenir de la population, de l’économie, des élections : ces enjeux positionnent les nations en concurrentes, face au virus. Alors que la menace est globale et indivisible, la difficulté à percevoir un salut commun ravive les réflexes de chacun pour soi. La course aux vaccins illustre tristement ce cloisonnement du monde. Au jeu de la mise sur le marché et de la production de masse, les États-Unis (vaccins Pfizer et Moderna), le Royaume-Uni (vaccin AstraZeneca), la Chine (vaccins Sinopharm et Sinovac) et la Russie (vaccin Spoutnik-V) sont gagnants. Après avoir calculé large, lors de son appel à fournisseurs, l’Union européenne vit douloureusement sa pénurie de vaccins, liée aux aléas de la production… ou de la distribution. Tous les producteurs approchés ont fait défaut, partiellement ou totalement. De plus, la transparence et la philanthropie ne sont pas les qualités premières des laboratoires pharmaceutiques. l’UE cherche alors des fautifs : on esquive la vérité, on règle publiquement des comptes pour parer à tout soupçon. La propagation plus rapide des variants du Covid, dont les mutations vont forcément se multiplier, accroît le stress chez les décideurs et l’angoisse chez les gens.

Pour ce qui est de vacciner les populations, Israël détient le pompon, avec un tiers déjà immunisé. Au Royaume-Uni, Boris Johnson mise sur la disponibilité des doses pour démontrer que, grâce au Brexit, le Royaume-Uni protège mieux la population que ses homologues continentaux. Ces derniers ont usé la patience et la résignation des populations et cherchent des repoussoirs dans les erreurs des voisins. Leur rapidité à délivrer le vaccin dictera largement leurs chances de réélection , au risque de négliger les libertés et les autres formes de détresse humaine. Comment agir alors ‘’par-delà les frontières’’ ? Au contraire, on se claquemure à l’intérieur de celles-ci.

La géopolitique vaccinale a redessiné les blocs que l’on croyait disparus. Les Etats occidentaux ont acheté 90 % des doses des deux vaccins américains et sont fermés au reste du monde. Cela crée une rancune bien compréhensible dans les pays du Sud. Dans l’autre camp et face à ce repli égoïste, la Russie et, plus encore, la Chine gagnent en termes de sphère d’influence et de parts de marché, en proposant des solutions adaptées au monde émergent.  »Un parfum de Guerre froide’’, dira-t-on. Mobilisons vite la médecine de la Paix !

* 14 octobre – Stop Covid

Brèves des jours précédents

Les ministres des Affaires européennes se sont accordés pour mettre en place une carte de l’ensemble des pays de l’UE, avec un code couleurs en fonction des niveaux de risques COVID : vert, orange, rouge et gris. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publiera chaque semaine une carte de la situation pour l’ensemble des territoires de l’Union. Cela apportera-t-il un peu d’ordre et de coordination, alors que la pandémie connaît une forte reprise que l’on qualifie désormais de ‘’deuxième vague’’ ? Plus de 6,5 millions de cas de Covid-19 et quelque 240 000 morts sont recensés en Europe, selon le décompte  de l’AFP. Dix mois après l’arrivée du virus, cette cartographie commune est enfin disponible, mais elle suscite déjà les réticences de plusieurs États membres.

Le classement des zones sera défini en fonction du nombre de nouveaux cas notifiés pour 100 000 habitants au cours des deux dernières semaines et du taux de positivité des tests. Une quatrième couleur (gris) marquera les zones dans lesquelles les données restent insuffisantes, notamment lorsque la pratique des tests de dépistage sera jugée trop faible. Les résultats des tests seront mutuellement reconnus et des exemptions de quarantaine seront appliquées pour un certain nombre de fonctions ou professions essentielles. De même, seront instaurés des procédures d’information mutuelle à court délai et un formulaire européen unique à remplir aux frontières. Les personnes provenant des zones de couleur orange, rouge ou grise pourront être soumises à quarantaine ou à des tests. S’agissant des zones vertes, aucune mesure ne sera imposée. Dans tous les cas, les voyageurs intra-européens ne devront pas être refoulés aux frontières, comme le fait la Hongrie, même si quelques exceptions ont été concédées à ce pays, à la République Tchèque, à la Pologne et à la Slovaquie.

Il tombe sous le sens que l’Europe soit le champ désigné du combat commun contre le virus, d’autant plus que ce cadre tient compte de la variété des situations dans les territoires. La France aurait particulièrement pesé pour la mise en place de cette politique commune. Le parallèle s’impose avec l’action contre le dérèglement du climat, celles en faveur de la paix, de la justice, du développement, etc. Il est triste que les freins à l’action protectrice de l’Union – qui n’est pas parfaite – viennent toujours, en sous-main, de l’égoïsme de tel ou tel Etat et renforcent de façon paradoxale les tendances europhobes dans l’air du temps.