* 26 mars – Piqués au vif

Le comportement tortueux de la firme AstraZeneca en matière d’exportation du vaccin anti-Covid fait monter le ton entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Au point de déclencher une mini guerre commerciale. La Commission et les Etats membres de l’UE accusent l’entreprise anglo-suédoise de ralentir délibérément la livraison des doses qu’ils ont commandées. Un quart des quantités réservées seulement a effectivement été fourni, tandis qu’une partie de sa production (30 millions) au sein des trois établissements qu’elle possède sur le continent reste stockée sans destination connue. En sens inverse, pas une dose produite dans ses établissements britanniques n’a été dirigée vers l’Europe. Ce ne sont là que des indices de tripatouillage, mais ils parlent déjà d’un égoïsme carabiné. D’où une suspicion tacite que le gouvernement de sa Majesté – partie à la stratégie vaccinale de l’Union et servi par celle-ci – encouragerait – voire, aurait conçu – une manœuvre de détournement à son profit. A ce stade, se posent les questions du respect de la transparence et du devoir d’équité, qui amènent l’UE à renforcer son contrôle sur les exportations de vaccins.

Boris Johnson n’a pas une forte réputation de rectitude, comparé, par exemple, à Angela Merkel. Sa stratégie électoraliste consistant à faire oublier l’erreur magistrale du Brexit par un succès – très réel – sur la vaccination conduit à le croire très capable de coups bas. D’un autre côté, le fait que plus du tiers de la population britannique ait été vacciné reste en soi un accomplissement positif, dont il faut se féliciter. Doit-on alors laisser le torchon brûler et enfourcher le destrier idiot du ‘’nationalisme vaccinal’’, ce réflexe populiste que Charles Michel, le président du Conseil européen condamnait, le 19 mars, comme indigne de l’Europe. Et il avait raison. Engager la polémique avec Johnson serait rejouer la bataille perdant-perdant du Brexit. Il a été confortablement élu et sa moralité n’est pas une exception dans le monde politique. Il faudra donc faire avec lui et poursuivre de façon déterminée les négociations sur les nombreux chapitres non-résolus du partenariat post-Brexit. Ceci implique une certaine retenue d’expression dans une relation qui doit se poursuivre, dense et dépassionnée.

En revanche, AstraZeneca ne doit pas établir impunément un précédent de dissimulation et de discrimination, dans une situation d’urgence sanitaire solidaire. C’est à la Commission européenne d’enquêter et de réclamer, le cas échéant, des indemnisations à cette firme. Que sa mauvaise réputation éloigne le public européen de ses produits n’est pas très grave, au moment où des sérums concurrents vont affluer  sur le marché européen. Une seconde injection effectuée avec Spoutnik V pourrait d’ailleurs fournir une alternative fonctionnelle. En pleine confusion, nos médias répercutent les très sévères jugements du gouvernement chinois, de l’OMS et de certaines ONG, comme quoi les Européens égoïstes ont sur-commandé des vaccins et en accaparent deux à trois fois les besoins de leur population, pour embrayer, en rubrique suivante, sur le grave déficit de vaccins à l’origine des retards de leurs campagnes d’immunisation. Qui croire ? Cette pandémie nous fait tous  »muter » en bourriques.

* 25 janvier – Bunkerisation

Comme ses voisines, la France se referme, dans la crainte de la 3ème vague pandémique, celle qu’attisent les variants plus pathogènes du Covid. Ceci est sanitairement compréhensible, du moins sur la durée strictement nécessaire. Dans l’ambiance d’appréhension pour soi-même, il n’est donc pas étonnant que l’attention du public se détourne des questions migratoires. Au même moment, le nombre des personnes déplacées des conflits dans le monde tend vers 100 millions (et ne parlons pas des réfugiés climatiques !) et une pandémie de misère et de précarité s’ajoute à la confusion globale. Elle accroît la détresse des exilés parvenant en Europe ou déjà condamnés à y errer dans la clandestinité. Mais comment s’est soldée en France la première année de la pandémie, lorsque l’Europe n‘était pas encore hermétiquement close ? Cédons la parole à la Cimade, sur la base des statistiques de 2020 du Ministère de l’Intérieur français. Derrière le bilan officiel, l’ONG protectrice des populations déracinées constate la poursuite d’une politique migratoire restrictive et implicitement déshumanisée, dans le sens du o-respect des droits humains fondamentaux :


‘’Si les baisses spectaculaires(des migrations et demandes d’asile) s’expliquent en grande partie par la crise sanitaire, les atteintes aux droits des personnes étrangères sont quant à elles imputables à la poursuite d’une politique migratoire restrictive. Les exemples de violations manifestes des droits constatées par nos équipes en 2020 ne manquent pas :
Ainsi, le nombre de visas délivrés est passé de 3,5 millions à 712 000 (soit moins 79,7%), le nombre de premiers titres de séjour de 277 406 à 220 535 (soit une baisse de 20,5%) et le nombre de demandes d’asile enregistrées de 143 000 à 93 000 (soit une chute de 35%). Derrière ces chiffres, La Cimade a constaté la persistance, et parfois l’aggravation, des violations des droits fondamentaux des personnes étrangères en 2020, en métropole comme en Outre-mer.  Pour lever le voile sur la réelle situation vécue par les personnes migrantes et réfugiées en 2020, elle a publié, dans un communiqué de presse, ses observations, fruit de travaux d’accompagnement des personnes étrangères sur le terrain, de collecte d’informations et de plaidoyer réalisés par nos équipes.
• Aux frontières, les violations des droits se sont poursuivies tout au long de l’année. Les privations de liberté ont continué dans des conditions indignes. Et les autorités françaises ont aussi continué à refouler des personnes, notamment vers l’Italie, même lorsque ce pays était l’un des épicentres de la pandémie;
• La fermeture complète des préfectures puis leur réouverture partielle, associée à la difficulté pour obtenir un rendez-vous sur internet et à l’obligation de déposer des demandes de façon dématérialisée, a conduit à cette chute du nombre de titres de séjour délivrés. Malgré les très fortes mobilisations pour demander une large régularisation, le gouvernement est resté sourd à ces revendications; 
• En Outre-mer, en raison d’un dispositif d’accueil des personnes demandant l’asile totalement défaillant, des centaines de personnes vivent actuellement dans des campements;
• Les centres de rétention ont été maintenus ouverts et les personnes enfermées n’ont pas été libérées. Les conditions sanitaires n’y étaient pourtant pas assurées et plusieurs clusters y ont été décelés tout au long de l’année. 
Ces observations ont malheureusement toujours cours au moment où vous lisez ce message ».

-Le blog de l’Ours Géo ajoute : Prévoit-on de vacciner nos SDF dont plus d’un quart sont des étrangers à la rue, ne maîtrisant pas ou mal notre langue et coupés de tout environnement sanitaire ? En continuant à enfermer ces personnes dans des centres de rétention hygiéniquement malsains, veut on = sciemment = les exposer au Covid ? Conçus pour quelques jours de transit ces lieux dénués d’infrastructures de séjour sont devenus des clusters. On y croupit désormais misérablement faute de pouvoir expulser qui que ce soit où que ce soit. La France ne vaut elle pas mieux que ça ?