* 9 mars – Le droit, notre garde-fou

La brève d’hier parlait des  »jeux pernicieux » du dictateur russe avec la vie de civils innocents. Le nombre de conflits violents déclenchés de son fait depuis sa trouble accession au pouvoir, en 2000, est tel que l’on y voit une vocation à la cruauté. Ceci, toujours pour des gains prédateurs sous-tendus par un nationalisme paranoïaque (à divers degrés le nationalisme, comme on le dit,  »c’est la haine »). La dénonciation de son profond mépris pour le droit international humanitaire n’est pas nouvelle. Il agit donc en pleine connaissance de cause, en pleine jouissance de son pouvoir meurtrier absolu.

L’intervention militaire elle-même de la Russie contre l’Ukraine constitue une agression, au sens du droit international. À cela s’ajoute le fait que les comportements russes relèvent, dans beaucoup de cas, de violations des lois et coutumes de la guerre, définies par les Conventions de Genève et de la Haye. Elles incluent des attaques délibérées et des frappes aveugles sur des populations civiles. La prohibition de ces crimes porte aussi sur l’utilisation d’armes non discriminantes (ne faisant aucune distinction entre des cibles civiles et militaires).

Le droit international humanitaire, issu du droit de la guerre, considère comme civil toute personne ne participant pas aux hostilités. Les journalistes, le corps médical et les aumôniers qui interviennent dans les zones de combat (sans arme) restent des civils.  Un militaire sorti des hostilités, est lui aussi considéré comme civil, dès lors qu’il capitule ou est invalidé sur le champ de bataille. Les maisons, les immeubles, les hôpitaux, les écoles, les lieux de cultes, les bâtiments administratifs et tout ce qui fait partie du quotidien de la population sans revêtir de rôle militaire doit aussi être protégé, selon ce droit très ancien développé au fil des conflits.

Sans doute faudrait-il y ajouter quelques articles concernant l’arme nucléaire, envisagée sous un angle offensif (pour une première frappe multiple dans un pays non-en-guerre ou non-belligérant). L’atome, plus que tout autre type de feu ne distingue aucune catégorie humaine parmi ses cibles et anéantit tout. Certes, il ‘y a pas de  »gendarme » dans le système international qui soit capable d’arrêter l’offensive de la deuxième armée du monde, nucléarisée qui plus est. Néanmoins, il serait concevable de créer une coalition à l’échelle du monde pour exclure l’agresseur de toute forme de coopération, d’échanges, de jouissance de droits.

En janvier 1943, la conférence de Casablanca avait rassemblé les démocraties autour d’une vision du droit qui s’et concrétisée fin 1944 avec l’Organisation des Nations Unies. Aujourd’hui, les nations de l’Occident resserrent les rangs face à l’agression frappant l’Ukraine. Il faut aller plus loin et penser, au plus tôt, au  »coup d’après ». Sans doute serait-il nécessaire de renforcer considérablement l’autorité propre des Nations Unies sur les Etats qui la composent (pour sortir de la situation inverse actuelle). Le droit de veto permanent et définitif accordé aux cinq vainqueurs de 1945 = dont la Russie et la Chine = n’est plus justifiable. Ad minima, l’Assemblée générale de New York, renforcée et dotée de nouveaux pouvoirs d’urgence, pourrait, dans ce schéma, destituer un Etat recourant à la terreur contre les populations civiles. En aucun cas, une fois exclu de l’ONU, le coupable ne pourrait faire entendre sa voix, tout au moins avant d’avoir admis sa faute et indemnisé ses victimes.

Nous ne sommes plus en 1944-45 : ce sont les enfants à naître dans ce monde de la guerre du 21 ème siècle, potentiellement plus destructrice que la seconde guerre mondiale, qu’il nous faut protéger. Une démocratie de portée universelle, ancrée dans un droit humanitaire plus exigeant et dotée de toute la gamme de forces que les défis imposent, est-ce un rêve plus fou que celui caressé à Casablanca, il y a huit décennies ?

* 8 mars – Jeux pervers

Deux millions de civils ukrainiens sont sur les routes de l’exile et des millions, sous les bombes : cette catastrophe humanitaire en Europe est sans égale depuis le seconde guerre mondiale.. Depuis 1945, des sorts monstrueux ont été infligés à Alep, à Grozny, partout où les bombardiers russes ont tout dévasté. Même la violence armée a ses limites. Elles font fi de toute sensibilité partisane ou but stratégique, mais elles imposent des lignes rouges contre les excès de cruauté. Cela s’appelle le droit international humanitaire. Il été codifié, à la suite de la guerre de sécession et du conflit de 1870, en s’organisant à partir de ce qu’on appelait  »le droit de la guerre ». Autant, les prisonniers de guerre ne doivent pas être exécutés ou avilis, autant les populations civiles doivent être impérativement épargnées dans le cours des opérations militaires. Non pas, à l’occasion de trêves ou par voie de corridors d’évacuation éphémères, mais = = tout le temps et partout = =.

La Russie de Poutine n’en est pas, malheureusement, à ses premiers crimes de guerre (ni contre l’humanité). Depuis la destruction de Grozny, capitale de la Tchétchénie, en 2000 jusqu’à celle des hôpitaux de Syrie, dix-huit ans plus tard, la barbarie de sa soldatesque et la férocité de ses aviateurs n’ont fait que monter crescendo… jusqu’à aujourd’hui, à nos frontières européennes. L’Histoire aura déjà jugé.

La capitale ukrainienne et au moins quatre autres grands villes étaient censées être évacuées sans massacre. Juste une trêve, donc bien en-deçà des règles de droit. cependant, les armes russes ne se sont pas tues : retour dans les sous-sols misérables. Le président ukrainien a accusé l’envahisseur d’avoir miné les routes et mitraillé les bus de civils, contre sa parole donnée.

Mais, dans la cruauté, il y a plus pernicieux encore. Après cette rupture d’engagement, Moscou repart à l’assaut, avec une manœuvre plus grossière encore : proposer de livrer directement les populations bombardées à leurs bourreaux ! A cette fin, six couloirs humanitaires seraient brièvement ouverts, des quartiers bombardés vers des camps (d’internement) en Russie ou en Biélorussie ! C’était  »inouï de cynisme moral et politique », comme le président Macron l’a relevé. J-Y Le Drian a, pour sa part, évoqué une  »norme » poutinienne de réduction d’un peuple, par phases successives de fausses promesses, de manipulation des esprits puis d’attaques frontales. Ceci est tellement vrai que Vladimir Poutine en est arrivé à jeter dans la bataille ses tueurs de Tchétchénie et de Syrie, tristement célèbres pour leur capacité à  »nettoyer les rues ». Indignons-nous !

Ce piège grossier a été déjoué par le président Zelensky. Donc, les habitants de Kiev et d’ailleurs sont toujours transis et physiquement usés, accroupis dans leurs sous-sols. Le HCR dénonce – sobrement – ce déni sadique du droit humanitaire. La Croix rouge internationale se montre plus timide, s’agissant de principes qu’elle devrait pourtant défendre avec force, sans que cela ne la fasse sortir de sa neutralité politique. La défense de l’Humain n’est pas une affaire partisane. Il nous faut garder une conscience. Ceci est encore plus vital que nos contributions à cette résistance qui s’organise sur l’échiquier géopolitique.

* 11 octobre – Combattant de la Paix

Brèves des jours précédents

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), créé en 1961 pour lutter contre la faim dans le monde, a reçu le prix Nobel de la paix 2020 pour sa contribution à l’amélioration des conditions de paix dans les zones touchées par les conflits. L’agence onusienne est également distinguée pour avoir joué un rôle moteur dans les efforts visant à empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre. Cette mention, issue du droit de la guerre (conventions de la Haye et de Genève) vise à susciter une prise de conscience de la sauvagerie montante des belligérants actuels à l’égard des populations civiles .

Pour le directeur exécutif du PAM, l’Américain David Beasley, ce Nobel constitue ‘’la reconnaissance de l’engagement chaque jour, sur le terrain, des 17 000 employés de l’Agence pour éradiquer la faim dans 88 pays du monde (plus de quatre pays sur dix)’’… ‘’Ils opèrent dans les zones les plus difficiles, les plus complexes de la planète, que ce soit à cause de la guerre, des conditions climatiques extrêmes, peu importe…’’ ‘’ Le seul moyen d’en terminer avec la faim, c’est de mettre fin aux conflits ». Ils sont de fait la cause reconnue des famines systémique, celles qui persistent envers et contre tout. Les autres – dont le dérèglement climatique – peuvent être compensées, sinon réglées à la source.

La pandémie de Covid, qui libère les comportements belliqueux, désorganise les économies et rarifie les ressources disponibles ajoute encore à la détresse des victimes désarmées. La plus grande organisation humanitaire, basée à Rome, faisait déjà face à une sous-alimentation chronique, qui, en 2019, a touché, 700 millions de victimes. La récession mondiale risque de pousser vers la faim entre 83 millions et 132 millions de personnes supplémentaires’’, s’inquiète un rapport publié par l’ONU à la mi-juillet. 

La présidente du comité Nobel norvégien, B. Reiss-Andersen, fait valoir que le besoin de solutions multilatérales est ‘’plus visible que jamais’’. Cette année, le choix du Nobel est incontestable et directement corrélé aux efforts pour réhumaniser le monde, protéger l’humanité victimisée, mutualiser la recherche de solutions aux grands défis planétaires. Hommage, donc, au PAM et réinvestissement moral dans le système des Nations Unies