Les trente-trois plaies de la boule sous nos pattes

La Force est avec l’ourson Géo. Géo dit l’avenir géopolitique

Ici, l’Ourson Géo ! Je suis comme lassé par les balivernes littéraires que vous impose mon associé humain, sur le présent blog. Pures billevesées, tous ces cochons déguisés en moutons ! Dans une optique ourso-stratégique, ce sont les « collapses » (in french : effondrements), provoqués par les humains, qui dégradent le plus inconsidérément notre Terre (Earth), où les ours ne sont plus que des « colocs » désemparés. Bertrand (le type qui lit Le Monde) n’en parle pas assez et pendant qu’il écume la banlieue sur son scooter, Moi-Je-Personnellement-in Personnae-ursidus, m’empare du clavier et vais vous révéler l’avenir.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Journée internationale des droits de l’Homme 2017 : pas d’alibi pour la Libye

Militants réclamant justice pour les migrants africains en Libye

Ce dimanche 10 décembre, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) fêtait son 69 ème anniversaire.  »Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… »Happy birthday ! Un bel âge, ponctué, il est vrai, d’une multitude d’écarts et d’atrocités dans la pratique courante du non-droit international humanitaire.

Quelques fous échappés de la petite couronne avaient décidé de faire du Trocadéro – haut lieu de l’adoption de la DUDH par l’Assemblée générale des Nations Unies – la toile de fond de leur dénonciation des graves exactions subies par les migrants africains, en Libye. Pas d’alibi pour la Libye, pas d’impunité, pas de complicité européenne non-assumée !

– Face à la concurrence, celle de l’ultime show de Johnny, ils savaient ne pas faire le poids Lire la suite

Constitution d’exception : une société du renoncement

La société française est-elle en train de flancher ? Va-t-elle développer une capacité de résistance aux dispositions d’exception dont on truffe la législation et même la Constitution. On dirait que le socle de nos libertés doit désormais se conjuguer au conditionnel tandis que l’arbitraire policier et la surveillance générale mériteraient, seuls, le mode indicatif ?
Voilà plus de trois mois que l’état d’urgence régit la scène française, à la suite des attentats de novembre 2015. Plusieurs centaines de personnes ont été perquisitionnées ou assignées à résidence, pour l’immense majorité, sans motif ni résultat probant. l’Etat invoque pourtant  »les comportements constituant une menace pour la sécurité et l’ordre public ». La justice, elle, ne peut plus rien dire. Le Parlement a approuvé, le 16 février 2016, une prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 26 mai. La France s’installe donc, selon l’expression de Jacques Toubon, défenseur des droits, dans l' »ère des suspects ».

Objet célèbre, d'origine française
Objet célèbre, d’origine française

L’Union des Jeunes Avocats de France a récemment organisé, à la Maison du Barreau de Paris, un colloque fort intéressant. Il sortait du lot par son soin mis de coller à l’actualité de novembre mais aussi aux perspectives que celle-ci ouvre à nos fragiles libertés : celle de la Loi d’Urgence, bientôt (en principe) constitutionnalisée et de la sanction à venir sur la déchéance de nationalité. Il réunissait un parterre de juristes divers et de qualité, destiné à s’entendre sur le « rempart de nos libertés » que leur profession s’honore d’incarner et amené à se chamailler en même temps sur les responsabilités endogènes à la Société ou extérieures à celle-ci, concourant à cette « Grande Peur de l’Autre » qui envahit rapidement le psyché français.
A preuve, la confusion qui s’est, un temps, installée dans la salle, à l’évocation de la ténébreuse « cinquième colonne » des demandeurs d’asile « illégaux », ou à propos des harcèlements sexuels de la Saint Sylvestre à Cologne ou Hambourg (l’arme sexuelle de Daesh contre l’Occident ?) ou encore sur le thème de nos « errements humanistes » supposés, qui conduisent à mégoter nos soutiens à la Police ou aux Renseignements, dans la tâche primordiale à laquelle leurs pauvres moyens ne sont franchement pas adaptés.

Sagement assis sur son banc, l’Ourson a ouvert les oreilles et a surtout retenu un ton d’alarmisme portant bien au-delà du pessimisme ambiant. Avec des accents convaincants, certains orateurs ont cru reconnaître dans le comportement des Français et de leur gouvernement comme des prémices de guerre civile, réminiscents de ce qui avait été perçu, à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, en Yougoslavie ou en Algérie.

– Un signe avant-coureur en avait été, dès 2014, l’échec de la campagne contre la Loi sur le Renseignement, ce « Patriot Act » à la française, qui va en fait plus loin que son modèle. Cet échec aura été une victoire de « l’autre camp »: celui qui, coûte que coûte, veut remettre les clés du Pays à l’idéologie du Chef, de la « préférence nationale », de la Force et du non-droit. Le second tour des élections régionales a vu, in extremis, les contre-feux des partisans du droit et de l’ouverture. 2017 dira si l’un des camps devra se soumettre à l’autre et si l’affrontement dégénèrera en violence …

– Pour l’heure, les deux blocs se déchirent autour d’une question symbolique, dans le sens fort du terme : citoyens par le sang contre citoyen « en papier »: il-y-a-t’il deux niveaux de nationalité dans notre pays ? Pour la « mauvaise » catégorie, ce serait l’assurance que son sort sera un jour remis, pour son plus grand malheur, aux mains de l’autre catégorie, la « bonne ». Le distinguo va être invoqué à propos de problématiques beaucoup plus fréquentes que celle de la déchéance de nationalité pour les français convaincus de terrorisme. En cas d’arrivée au pouvoir du F.N., les quelque treize millions de binationaux parmi nous auraient raison d’appréhender l’usage extensif qu’il serait fait d’une telle hiérarchisation des Français.

– Autre hypothèse troublante : l’affaire de la déchéance de nationalité ne serait qu’un os médiatique, un leurre qu’on nous jetterait pour nous distraire de l’enjeu principal, qui est celui-ci : la « batardisation » de la Constitution de 1958 instrumentalisant une sortie pour de bon de la démocratie et des droits humains. Un rabaissement de nos libertés, incorporé dans leur socle-même, risque de créer un point de non-retour (sauf changement de régime par la voie forte), car on n’a jamais vu, dans notre histoire, un pouvoir politique renoncer, de lui-même, à des pouvoirs d’exception (notamment dans le cas de la guerre d’Algérie cf. religion-du-renseignement-et-contreterrorisme-la-democratie-derouille);

– Dès à présent, nos lois anti-terroristes sont appliquées à d’autres groupes, de moindre criminalité : les différentes formes de la délinquence organisée, les militants écolo-zadistes, les migrants convaincus de faute ou de mensonge, potentiellement, les Roms, les demandeurs d’asile inciviles, les prêcheurs à barbes trop longues, etc. Même l’idiot du quartier qui, pour plastronner, crie « Allah Akbar ! » va s’en prendre pour six mois. La police va bien vite s’approprier le référentiel de ce qui est correct, honnête ou « terroriste » en matière d’ordre public.

– Non sans une certaine honnêteté, les autorités nous disent que d’autres vagues d’attentats sont à venir incluant, sans doute, quelque « 11 septembre ». Au lendemain d’une telle calamité, que réclamera le  »Camp de l’Ordre », sociologiquement majoritaire: un tri ethnique des citoyens, des lois rétrospectives, des tribunaux populaires ou la relégation dans des camps de nos compatriotes musulmans ?

– Nous avons été formatés pour le temps de paix. Celui-ci s’en va mais, pour l’heure, il ne laisse derrière lui qu’un fatras émotif et peu de réflexion, de convictions, de rétrovision historique. On ne peut plus s’introspecter éternellement, se tâter, se plaindre et puis finalement se taire face à la nouvelle donne. Un réveil de tous les citoyens « tombés en sidération » – c’est à dire en léthargie – ne serait pas superflu, pour s’exprimer par litote.

Citation :
« Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »
(Victor Hugo, les Misérables)Petite annonce buglée

France – Maroc : la Sécurité avant la Justice

Tarbouche Fès

Lyautey en avalerait son tarbouch !
Lyautey en avalerait son tarbouch !

Billet vengeur n° 4
N’insistons pas trop sur le prologue à la visite que Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc a effectué en France à la Saint Valentin. De l’amour, entre la République et le Royaume, il y en a certes et, dans bien des cas, il est désintéressé. De la sécurité dans le Sahel, Paris et Rabat en ont également besoin et ils ont intérêt à échanger en partenaires sur cette Afrique désarticulée et jihadiste qui apparaît ici et là. Mais, de la justice, en veut-on ? On devrait en vouloir, considérant que les communautés binationales, les ressortissants de l’un chez l’autre, les drames familiaux, les détours par la case  »prison » et les trafics en tous genres sont le lot commun de deux pays aux populations si fortement imbriquées.

Réponse : La relation sert à conforter les chefs, pas les sujets d’en bas ! Il y a un an, à l’occasion du passage à Paris du grand patron du contre-espionnage marocain, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France) a soumis au parquet de la Capitale deux dossiers individuels s’ajoutant à un autre, bien antérieur, concernant des faits de torture allégués (avec des éléments solides justifiant une instruction). Il s’agissait de victimes franco-marocaines – mais aussi d’un Marocain mono-national – dont le Procureur général de Paris souhaitait se saisir du cas, en vertu du principe de compétence universelle (pas de jugement possible dans le pays du délit, mais passage sur le territoire français de l’auteur présumé permettant l’action en justice). Ce M. Hammouchi ayant prestement rejoint son pays, la justice française n’a pu que faire parvenir à l’ambassadeur du Maroc, quelques instants trop tard, son mandat d’amener pour auditionner le suspect.

– On sait comme le Palais a très mal pris la chose, suspendant, en représailles, la convention judiciaire franco-marocaine structurant les échanges entre magistrats des deux pays (notamment par le stationnement croisé dans les deux capitales de magistrats de liaison). Ce filtre avait été court-circuité s’agissant d’un recours en justice directement actionné par la société civile française (l’ACAT-France) et les familles des victimes. L’ACAT a été à son tour attaquée par la justice marocaine (diffamation, tentative de trouble, etc.), ce qui a amené le ministre de l’Intérieur marocain à constater benoîtement que la dénonciation de faits de torture venait de personnes elles-mêmes condamnées au Maroc ». Jolie inversion de la chronologie !

– Que l’on se rassure : le filtre a été renforcé, la fuite colmatée, les tuyaux blindés, grâce à un amendement de la Convention bilatérale d’entraide judiciaire. Celle-ci,  »réactualisée », paraît désormais carrément exclure toute possibilité de saisine en France en vertu de la compétence universelle. En lieu et place, le Royaume étant partie à la Convention de décembre 1984 réprimant les faits de torture, il sera toujours possible de s’adresser au juge marocain pour incriminer ses chefs. Pas grand danger pour ceux-ci, de ce côté là !
C’étaient les premiers pas de la France en matière de compétence universelle, un dispositif que notre diplomatie avait vaillamment promu aux Nations-Unies. Le Royaume Uni s’était montré plus hardi envers Pinochet et le juge Garzon, en Espagne, avait fait du bon travail sur les tortionnaires d’Amérique latine, avant qu’on ne le bâillonne. En France, cette belle avancée du droit est morte-née. mieux encore, le Ministre de la Justice se précipite à Rabat pour distinguer le tortionnaire allégué des insignes de la Légion d’Honneur. Les victimes apprécieront…

Seul l’Ourson, qui grogne contre l’injustice, se soucie de la façon dont l’Exécutif ferme prestement le clapet à nos procureurs : Montesquieu, que fait-on de ta séparation des pouvoirs ? Sa tête oursonne lui tourne de tous ces zigzags opportunistes qui jalonnent la pratique française en matière de justice internationale. Bientôt, la justice interne, aussi ?

notre aimable sommaire au fil de l’Ourson …