* 23 mars – Bibi barbotte

 »Occupez-vous de la vie des Juifs, pour tout ce qui est extérieur, ne pensez pas, laissez-moi cogner nos ennemis ». Ce pourrait être la devise de Benjamin Netanyahu, alors que quelque 6,5 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes pour des quatrièmes élections législatives en deux ans. Toutes les formules de coalition gouvernementale ont été essayées et usées prématurément par celui qui domine la vie politique et militaire de l’Etat hébreux depuis deux décennies. L’opposition est en miettes. Au pouvoir sans discontinuer depuis 2009, il fait face cette fois-ci à un nouvel adversaire peu dangereux, en la personne de Yaïr Lapid, un ancien ministre des Finances à la tête du parti centriste Yesh Atid. Il n’a qu’un rôle de ‘’faire-valoir’’. Le Likoud conservateur gagnera de toute façon en voix, mais sans obtenir une majorité à lui seul. On peut se demander quelle nouvelle formule baroque de gouvernement multipartite Bibi va sortir de son chapeau. Une hypothétique alliance alternative, sans lui, est assez improbable en tout cas. L’intense campagne de vaccination de la moitié de la population constitue son viatique électoral. elle lui sert de pare-feu, pour faire oublier sa piteuse situation judiciaire personnelle, celle du premier chef de gouvernement aux affaires dans l’histoire d’Israël à être inculpé (pour corruption et favoritisme), dans l’exercice de ses fonctions. En soi, une anomalie et un scandale.

Lassés par ces élections en rafale, les Israéliens veulent avant tout la stabilité politique et éviter un cinquième scrutin législatif, dans les mois qui viennent. On les comprend. Mais, hormis une minorité infime de ‘’partisans de la Paix’’, ils ont cessé de s’intéresser aux enjeux que le monde extérieur attache à la politique d’Israël, en particulier à la question de l’avenir des Palestiniens (qui n’en n’ont plus guère). Néanmoins, les manifestations se succèdent contre l’impétrant. Elles ont réuni 50.000 citoyens, hier. S’il gagne encore, à 71 ans et malgré son usure, Netanyahou composera sans eux sa coalition hétéroclite – avec l’extrême droite – sans avoir à se soucier de l’opinion publique : elle est ‘’débranchée’’.

C’est aussi un peu le cas d’Israël, par rapport à la nouvelle administration américaine. Certes, il n’est pas question d’abandonner un allié traditionnel, mais les dirigeants américains n’ont plus envie de se faire sans cesse manipuler comme l’administration Trump a bien voulu l’être. A l’époque du milliardaire narcissique, sa base évangélique et réactionnaire s’est peu à peu substituée, comme lobby d’Israël, à la communauté juive américaine, qui penche plutôt du côté démocrate. Il devient donc plus difficile pour Jerusalem de s’appuyer ouvertement sur les adversaires Républicains radicaux de Joe Biden. Tel est pris qui croyait prendre.