* 7 septembre – ‘’Tschüss Mutti ‘’.

Angela Merkel, sans doute la dirigeante la plus respectée d’Europe, a détenu deux décennies durant la quote de la dirigeante politique la plus rassurante, en Allemagne comme largement en Europe. Elle quittera le pouvoir, très auréaulée, à l’issue des élections législatives du 26 septembre, lesquelles décideront de sa succession. On peut faire confiance aux électeurs d’outre-Rhin pour qu’ils effectuent un choix raisonné, mais en France, on n’aime guère l’incertitude chez ce voisin. Aucun des candidats actuels au poste de chancelier ne nous est familier et le mode local de scrutin indirect nous laisse dans une grande expectative. Ce n’est pas tant une question d’ancrage partisan ni idéologique. On voudrait que le futur gagnant veuille maintenir le tandem Berlin-Paris. Qu’il développe une alchimie personnelle francophile. Dans une Europe qui n’en finit plus de se chercher et de s’interroger sur son futur dans le monde, les Français regardant au-delà de l’Hexagone ont besoin d’un partenaire principal solide et prévisible, avec lequel on puisse avancer. Du chancelier Adenauer aux dirigeants de l’Allemagne réunifiée – devenue plus prépondérante au sein de Europe – une sorte de mariage a perduré, avec ses hauts et ses bas comme dans tous les vieux couples. Que ce soit M. Laschet (CDU), M Scholz (SPD), Mme Baerbock ou une autre personnalité, quelque chose en restera mais pas forcément assez pour donner le change et impressionner la galerie.

Les sondages publiés le 2 septembre créditent les sociaux-démocrates du SPD de 25 % des voix. Ils creusent l’écart avec leurs rivaux (et alliés actuels) conservateurs de la CDU-CSU, qui en un mois ont perdu 7 points et plongent à 20%, leur plus bas niveau historique. Concernant les autres partis, avec 16 %, les Verts restent la troisième force politique mais perdent néanmoins 3 points. Ils sont désormais talonnés par le Parti libéral-démocrate (FDP, 13 %) et par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, 12 %), qui profitent sans doute du fléchissement de la CDU-CSU. M. Laschet est Rhénan et plutôt bien disposé envers la France, mais son image s’est dégradée auprès de l’électorat allemand, tant en termes de sympathie que de compétence. Il a été filmé en train de rire dans des circonstances tragiques.

A l’inverse, Olaf Scholz, né en Basse Saxe et éduqué à Hambourg, donc loin du regard de Marianne, est perçu comme plus sympathique (42 % contre 13 %), plus crédible (43 % contre 15 %) et plus compétent (53 % contre 15 %). Rien n’est figé, bien sûr, mais les instituts de sondage allemands spéculent qu’au suffrage universel direct (une pure hypothèse), l’actuel ministre des Finances l’emporterait haut la main avec 43 % des suffrages, alors que le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie n’en recueillerait que 16 %. Pour sa part, l’écologiste, Annalena Baerbock rassemblerait 12 %. Dotée d’un vrai caractère de dirigeante, elle a établi sa crédibilité en tant que partenaire secondaire d’un gouvernement de coalition mais ce sera plus difficile pour la Chancellerie. Car rien n’est jamais joué avant que l’arithmétique électorale et les tractations de la classe politique accouchent d’une coalition.

Coalition ? Ce mot n’est guère aimé par les états-majors politiques, en France, à qui il rappelle trop les années frustrantes de la cohabitation. Pourtant la répartition des suffrages des électeurs hexagonaux irait clairement dans cette direction si le pouvoir présidentiel ne l’emportait pas sur tous les autres. Les Allemands auraient quelques raisons de s’inquiéter des pulsions de notre monarchie républicaine et absolue. A eux le retour d’incertitude, jusqu’aux élections françaises du printemps 2022. Quel sera le potentiel effectif de cette autre coalition – un peu baroque – va devoir former avec la France et pour servir l’Europe dans un monde dangereux.