* 16 juin – Autant en emporte le vent guerrier

Avons-nous envie de nous confronter à la Chine ? Veut-on faire d’elle notre ennemie ? Dans un registre très martial, le communiqué final du sommet de l’OTAN dénonce en l’Empire du Milieu un ‘’défi systémique pour l’ordre mondial et la sécurité de l’Alliance atlantique’’. Les Européens ont néanmoins cosigné ce brûlot qui réduit la seconde puissance du monde à l’image sinistre de ses arsenaux militaire et nucléaire et à sa propension à entrer en collusion avec la Russie, dans les crises internationales. Si l’économie reste un élément dans la relation avec Pékin – comment faire abstraction de la première puissance commerciale planétaire ? – l’approche devrait se faire défensive : méfiance à l’égard des investissements chinois, guerre technologique, cyber-confrontation, tricheries sur les règles du commerce. Au total, l’hostilité pékinoise à l’égard de l’Occident serait pour celui-ci un défi aussi redoutable que le revanchisme aventureux de Moscou.

Le trait est assez forcé. Pas même un mot aimable pour les peuples, les cultures, les solidarités nouées. Comme à son habitude, la France a été bien seule à s’interroger sur la pertinence d’un agenda stratégique extrême-oriental prioritaire pour une alliance centrée sur l’aire atlantique. Pékin reproche à l’OTAN ‘’d’exagérer la théorie de la menace chinoise’’. Ce n’est pas totalement faux et il est d’ailleurs piquant que la Cité interdite confirme l’existence d’une part de réalité dans sa (modeste) menace.


A Bruxelles, la vulgate très dure de Washington avait été relayée par avance, par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Les Européens n‘y croyaient pas plus que ça, mais ils ont quand même avalé la potion, ‘’pour ne pas gâcher des retrouvailles sentimentales si belles avec Washington’’. Toujours Mars et Venus (qui l’aime secrètement) …et une bonne dose de naïveté chez les ‘’27’’. Angela Merkel a modéré la sortie contre la Chine en invitant les partenaires européens à maintenir une position équilibrée envers Pékin. Il est vrai que le commerce extérieur allemand, hors-OCDE, se nourrit essentiellement du marché chinois. Emmanuel Macron a invité l’OTAN à ‘’ne pas confondre les objectifs’’ et à ne pas ‘’biaiser’’ la relation avec la Chine. Le défi ne serait pas de nature exclusivement militaire : ‘’cette rivale est aussi un partenaire indispensable pour résoudre de grands problèmes du moment, climatiques par exemple’’. Un ricochet inaperçu sur les eaux lisses de l’Alliance. Pourtant, ce qui est dit est dit.


Armé du punch de ses alliés, il ne reste plus, à Joe Biden, qu’à rencontrer Vladimir Poutine à Genève, pour lui régler son compte (pas à coups de revolver, mais de vérités). Associera-t-il les Européens à un dialogue ‘’carte sur table’’ avec son meilleur ennemi ? Berlin et Paris, notamment, voudraient un ‘’dialogue exigeant ‘’ avec le Kremlin et surtout en être parties prenantes. Emmanuel Macron tient particulièrement à ce que la France soit actrice dans toute négociation sur la maîtrise des armes nucléaires. La crédibilité de la force de dissuasion ne peut être préservée qu’à ce prix. Les intérêts stratégiques de l’Europe, de même. La hantise existe toujours que ressurgisse le condominium russo-américain sur l’équilibre stratégique européen et la paix ou la guerre au plan global. Inviter la Chine n’apparaît pas non plus comme une bonne idée aux Européens, ou alors, pourquoi pas, avec l’Inde, le Pakistan, Israël, etc., ce qui ne serait pas plus réaliste.

Enfin l’objectif d’une autonomie stratégique de l’Europe n’a été traité qu’en passant : l’Alliance  »relève sa cohérence et sa contribution à l’OTAN », mais elle ne dit rien sur la façon dont elle pourrait s’en accommoder pratiquement. Tant qu’à Bruxelles/OTAN, les Européens ne frapperont pas leurs chaussures sur leurs micros pour exiger que l’on passe aux actes, le concept restera … un concept, donc rien qui ne puisse troubler la sérénité retrouvée de l’OTAN.

* 12 janvier – Partenaires contre les illuminés du monde

Dopés par la fin pitoyable du mandat de D. Trump, les régimes voyous ciblés par Washington peaufinent leur vengeance. Téhéran fait monter en régime ses centrifugeuses pour porter à 20% le taux d’enrichissement de son combustible nucléaire, une cote mal taillée, supérieure à une utilisation civile mais aussi bien en deçà d’un usage militaire efficace. L’aile dure du régime des Mollahs adopte une posture triomphale, plus belliciste que jamais. Il est vrai qu’avant de quitter la Maison Blanche, le président calamiteux doit éprouver in peto quelque tentation de ‘’frapper un dernier coup’’ contre les Pasdarans. Inscrire les Houtis du Yémen sur la liste du terrorisme international (et Cuba, tant qu’à faire) constitue déjà un message d’au revoir mais cela reste loin du but.

A Pyongyang, devant le 8e congrès du Parti des Travailleurs, Kim Jong-Un annonce le prochain lancement d’un sous-marin nucléaire à même de ‘’subvertir’’ les Etats-Unis (comprendre : frapper de ses missiles nucléaires une ou plusieurs mégapoles américaines). L’Oncle Sam est ‘’le plus grand obstacle à notre révolution et notre plus grand ennemi’’. Pour se rendre suffisamment menaçante, la Corée du Nord va s’appliquer à développer davantage sa technologie nucléaire et, notamment, à produire des ogives nucléaires légères et miniaturisées transportables en ‘’bouquet’’, par ses lanceurs à longue portée Nodong. Le point d’impact potentiel dépasserait la cible actuelle de Hawaï, étirant la portée des frappes jusqu’à Los Angeles, voire plus loin. Tel est le point d’aboutissement des relations  »affectueuses » établies lors du sommet de Singapour Trump-Kim en 2017. Entre insultes et poignées de mains, aucun progrès substantiel n’a été enregistré. La mollesse des positions de Washington n’a nullement empêché cette dérive tumultueuse de Pyongyang, qui se considère gagnante au jeu des initiatives provocatrices et tumultueuses entretenant la tension. Joe Biden est bien instruit de cet échec et il ne choisira pas le ton de l’apaisement face au voyou nucléaire. Le nouveau président est déjà qualifié par la Maison Kim de ‘’chien enragé’’, qu’il faudra ‘’battre à mort’’.

Tout ce qu’il y a de dictatorial ou de malfaisant sur la planète va s’empresser de tester les nerfs de l’administratio démocrate entrante. Heureusement, J. Biden s’entoure, pour la politique extérieure, d’une équipe de professionnels accomplis, de bon sens et particulièrement bien disposée à coopérer avec les Européens. L’Amérique se sait moins forte, moins respectée du monde et les nouveaux venus devraient moins insister à imposer leur leadership de principe. C’est un bon point de départ pour établir un partenariat des démocraties, respectueux des projets des uns et des autres. ‘’UE, précise nous vite quel est donc ton projet !’’

Idleb, capitale de l’inhumanité

Bachar : « On se retrouve, après une page de négociations ». Dessin de Chappatte (Suisse), publié dans Le Temps le 14 mars 2016

Tombée dans l’oubli, à l’heure du « tout-pandémique », la région syrienne d’Idleb (3,5 millions d’habitants) est soumise par le régime de Bachar al-Assad à une offensive militaire acharnée visant à reconquérir l’ultime bastion tenu par des rebelles, pour une bonne part jihadistes. La guerre de reconquête est menée, on le sait, avec le soutien de l’aviation russe, à qui revient le privilège d’effectuer les plus gros bombardements (écoles, hôpitaux, etc.). En trois mois, les combats ont fait près d’un million de déplacés civils, un bien triste « record ». L’offensive a, par ailleurs, provoqué des accrochages meurtriers entre soldats syriens et mercenaires (également jihadistes) envoyés par la Turquie. Celle-ci occupe une large bande territoriale du nord de son voisin pour la « nettoyer » de ses habitants Kurdes, qui ont été des alliés efficaces de la coalition internationale contre Daech puis ont été froidement abandonnés par l’Occident, depuis lors. Elle a fermé sa frontière contre laquelle les survivants fuyant l’offensive de Bachar et de Poutine se trouvent bloqués dans la souricière. Pas simples, ni glorieuses, ces calamités en mille-feuilles …

On est donc dans le plus grand drame humanitaire du Siècle et voilà qu’une vingtaine de soldats turcs vient d’être tuée dans les frappes aériennes qui dévastent la région. Ces pertes s’inscrivent dans une spirale d’affrontement entre Ankara et le régime de Damas, appuyé par Moscou.  De déséquilibré, le néo-sultan Erdogan en devient fou-furieux, son immense susceptibilité paraissant blessée. Une riposte militaire est décidée, au moins contre Damas sinon contre son mentor russe (qui tente, en vain, de calmer le jeu, double jeu en ce qui le concerne).

Le comble : Ankara fait appel à la solidarité atlantique et demande l’instauration d’une zone de non-survol, oubliant avoir trahi l’OTAN par ses comportements offensifs, ses achats d’armes antiaériennes et ses tractations cyniques… avec Moscou ! Pour faire bonne mesure, une fois de plus, la menace est lancée d’ouvrir « les vannes » aux réfugiés entassés sur son territoire, pour submerger l’Europe. On devrait suspendre la Turquie de l’Alliance atlantique en attendant qu’elle s’achète une conduite et la boycotter sur le plan de la défense européenne. Et, pourquoi pas, sanctionner un gouvernement-voyou. Malheureusement, l’Europe, claquemurée dans ses doutes et ses craintes,  est comme absente du monde. Malheureusement aussi, D. Trump ne pense que du bien de son homologue turc et même l’encourage à persévérer… Ce réflexe d’appuyer »l’allié » turc est franchement mal inspiré. Est-ce uniquement parce que la Russie sévit du côté adverse ou, aussi, la marque d’une sorte d’affinité entre potentats populistes ?

(article tiré des brèves du jour)