* 19 octobre – Réseaux criminels

Brèves des jours précédents

La tragédie du collège Bois d’Aulne, à Conflans Ste Honorine, résulte, pour une grande part, des ramifications mondiales de la haine imbécile. Il est établi que, sans les multiples relais qui ont fait une cible d’un enseignant simplement appliqué à son métier (et à la société à laquelle il consacre sa mission pédagogique), l’assassinat horrible n’aurait pas eu lieu. L’incident de la carricature aurait été réglé au niveau du collège et d’ailleurs, c’était le cas. C’est quand des faiseurs de trouble internationalisent – consciemment ou non – ce type d’affaires que la terreur s’en empare. Voilà bien une fonction caractéristique des réseaux prétendument ‘’sociaux’’, qui répandent dans les recoins de la planète la haine sociale et culturelle, dans le plus parfait anonymat.

Dès l’origine, l’attentat contre Charlie hebdo, a résulté de l’abyssal décalage mental et de temporalité qui pousse à l’incompréhension et à l’affrontement des personnes de sociétés, qui s’ignorent au fond et se détestent à titre de réflexe défensif. Ceci n‘est pas pour dire que ce phénomène d’éclatement et de durcissement des comportements, alors que l’information (déformée) inonde le globe, provoquant des  »passages à l’acte,’’ vaut  circonstance atténuante aux apprentis terroristes de tous poils. Bien au contraire, une société de (relative) liberté et de démocratie a aussi dans son essence de placer chacun devant ses responsabilités pénales. Si elle ne le fait pas, elle disparait et, à cet égard, on ne peut que déplorer qu’il y ait si peu de procès en justice pour tant de tueurs illuminés. Mais la même société doit aussi anticiper et se prémunir contre les retours de flamme qu’un incident jugé chez nous anodin, va susciter dans des communautés très éloignées de nous, par la distance ou par le formatage mental.

Dans le drame de Conflans, la montée locale de la tension a été gérée. Pas l’énorme caisse d’amplification que créent les réseaux sociaux. On ne peut pas contrôler l’illuminé, voyou psychotique qui vous veut du mal sous d’autres latitudes. La diplomatie peut, au mieux, tenter de corriger, avec des effets limités, l’image que donne d’elle-même la société française dans cette vaste nébuleuse. Mais on doit défendre le système d’éducation de la République destiné à tous, sans exception. Il faudrait aussi réguler les réseaux transmetteurs de la haine criminelle et le faire plus sérieusement qu’actuellement. YouTube (Google) a tué dans cette affaire. Facebook, Instagram, etc., dans d’autres. Il va falloir confiner les populations à distance des effets toxiques de ces outils infernaux et vénaux.

* 26 septembre – Pacte avec le diable ?

Brèves des jours précédents

A quelques semaines de la présidentielle américaine, Vladimir Poutine propose à Washington un échange de  »garanties mutuelles » dans le domaine numérique : ‘’l’un des défis majeurs du monde contemporain est le risque d’une confrontation d’ampleur dans le domaine numérique ‘’.

Le grand praticien de la ‘’guerre hybride’’ ( infox sur les réseaux sociaux, déstabilisation des dirigeants, intrusion dans le jeu démocratique des Etats ciblés, brouillage des esprits pour créer ’’ l’indifférence civique’’) en sait quelque chose. Alors qu’il est régulièrement accusé de s’immiscer dans les élections des pays occidentaux, avec un évident succès en 2016 (campagnes pour le Brexit et pour l’élection de D. Trump), cette proposition de non-ingérence dans les media électroniques, formulée sur le site internet du Kremlin, ressemble un peu à l’offre que ferait un pyromane de partager avec ses victimes les services de sa brigade de pompiers. On a beaucoup de mal à y voir de la sincérité et on pourrait même soupçonner un petit service rendu à la réélection de Trump. Au-delà du partenaire et souffre-douleur américain, qui n’a besoin de personne pour se déstabiliser tout seul, le pacte de Poutine serait destiné au reste du monde. Il viserait ainsi à placer la Russie au cœur du système mondial de l’information, ouvrant la perspective qu’elle en assure – avec maestria – la manipulation globale.

Ce serait aussi un mauvais coup porté à l’UNESCO et au système des Nations-Unies, imparfait mais tellement plus démocratique et pluraliste que le FSB russe pour traiter du droit à l’information et de la liberté professionnelle des journalistes !
Ce projet d’accord mondial, par lequel les Etats s’engageraient à ne pas lancer la première frappe numérique, sert accessoirement de diversion aux menées guerrières de la Russie à l’Est de l’Europe, en Afrique et au Proche-Orient. De même, à la pesanteur de sa mainmise stratégique sur la Biélorussie en pleine ébullition démocratique. Eclipserait-elle un peu son évidente responsabilité dans la tentative de meurtre du principal opposant du Kremlin, Alexei Navalny ? Qui voudrait d’un tel hochet empoisonné ?