* 27 mars – Introspection salutaire

« La France est demeurée aveugle aux préparatifs du génocide rwandais’’. Une commission d’ historiens, nommée par le président Macron il y a deux ans, a remis son rapport, qui place ce constat en exergue. Les experts ont étudié les dossiers détenus par l’Etat sur l’opération Turquoise et sur les comportements sur le terrain. Conclusion : ‘’ La France porte des responsabilités lourdes et accablantes » dans le massacre de 1994, qui a fait près d’un million de morts. Cependant, les experts n’ont trouvé aucune preuve de complicité directe. Ces historiens, dirigés par Vincent Duclert, ne sont pas des spécialistes du Rwanda. Ce choix avait été pris pour garantir leur neutralité. Leur groupe comprend des spécialistes de l’Holocauste, des massacres d’Arméniens pendant la Première Guerre mondiale et du droit pénal international.

Il n ‘est pas encore clair si certains des faits qu’ils ont exhumés dans leur rapport donneront lieu à des poursuites judiciaires. Outre le président Mitterrand – dont la mémoire s’en trouve entachée – plusieurs personnalités politiques et des militaires présents au Rwanda comme à Paris paraissent avoir engagé leur responsabilité, à différents degrés, de façon répréhensible.
Certains responsables français opéraient en pleine mégalomanie, obsédés par l’idée que la France reste à tout prix le ‘’n° un’’ en Afrique, une forme récurrente de l’idéologie coloniale. Leur intérêt pour les Rwandais eux-mêmes et pour le développement humain de cette population était négligeable. Leur frustration face à l’anglophilie des Tutsis frisait le crétinisme sectaire. La manifestation de la vérité sur le Rwanda n’étant pas encore complète, les conséquences restent à tirer. mais, de façon évidente, la France-Afrique est allé trop loin. Les dossiers révèlent un basculement funeste d’une partie de la France dans un déni de démocratie, de morale et du droit. Il faut à présent  »vider les consciences » et repartir sur des bases enfin saines.

* 1er octobre – Sanction de génocide ou maintien de la Paix : au choix !

Brèves des jours précédents

Il y a dix ans, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme publiait un rapport Mapping (du nom de la méthodologie appliquée) sur les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et faits constitutifs de génocide commis dans le Nord-Kivu (République démocratique du Congo) entre 1993 et 2003. Au cours d’une période couvrant les deux guerres du Congo – dans laquelle se jouait la revanche du conflit génocidaire au Rwanda – 617 incidents ont été répertoriés et documentés dans le détail, par une vingtaine d’enquêteurs indépendants. Jusqu’à neuf armées étrangères et presque la totalité de la classe politique congolaise actuelle y ont été impliquées . Dix-sept ans plus tard, aucun de ces crimes documentés n’a été jugé, impunité oblige. Ceci choque beaucoup de Congolais, mais ainsi va la politique dans ce pays…

Après le génocide des Tutsis de 1994, deux millions de Hutus ont trouvé refuge au Congo, parmi lesquels figuraient des membres des anciennes Forces Armées Rwandaises et des milices Interahamwe, convaincus d’avoir participé au génocide des Tutsis. Une erreur majeure a été commise, consistant à laisser ‘’sécuriser’’ leurs camps jouxtant la frontière rwandaise par des militaires armés. On s’est rapidement aperçu que les réfugiés-hommes y disparaissaient, laissant derrière eux blessés, vieillards, femmes et enfants et, finalement, qu’ils avaient tous été massacrés. C’était au tour des Hutus, restés fidèles à leur communauté pendant le génocide précédent, de subir un contre-génocide de la part des Tutsis. En septembre 2005, les anciens rebelles armés ont été éliminés par des nouveaux, pro-rwandais (Tutsis) et qui sont devenus les ‘’Forces armées congolaises’’ par la vertu des armes. Des fosses communes ont été alors découvertes près de Rutshuru. Militaires rwandais et anciens rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila ont été mis en cause. Entre autres épisodes sanglants, le 24 août 1998, ils avaient massacré, selon l’ONU, plus d’un millier de villageois congolais, dont de nombreuses femmes et enfants, dans plusieurs villages du Sud-Kivu, vraisemblablement en représailles d’une embuscade. Des Oradour sur Glane !

Joseph Kabila, triste ‘’héritier du trône’’, tenait à se faire adouber par les Nations unies et, pour cela, à faire oublier cette décennie d’atrocités. Dans un premier temps, il a donc accepté – à la légère – le principe du rapport que l’ancienne procureur Louise Arbour est venue lui présenter. L’enquête a progressé, la société civile se mettant à parler, mais bientôt des menaces se sont mises à peser sur la mission onusienne avec laquelle Kabila a cessé toute coopération. Un pré-rapport est enfin sorti dans les médias, en août 2010, causant une virulente contre-attaque du Rwanda et d’autres gouvernements. ‘’Si l’ONU publie son rapport outrancier et préjudiciable’’, menaçait Kigali, ‘’nous retirerons nos 3 500 Casques bleus envoyés en maintien de la Paix au Soudan’’. Toujours habile à jouer de la mauvaise conscience internationale à propos du génocide des Tutsis, le président rwandais Paul Kagame, a mobilisé ses soutiens à New York, où beaucoup d’Etats s’étaient déjà ligués contre un précédent rapport Mapping pour des faits identiques exhumés du conflit afghan (impliquant notamment, les Etats-Unis). En fin de compte, le rapport sur la RDC sortira discrètement sur un des sites web de l’ONU. Il n’aura connu aucune suite en 17 ans, donc.

Tristement, l’ONU à Genève s’est heurtée aux humeurs de l’ONU à New York : Droits humains au Congo contre service de la Paix a Soudan. De quoi méditer l’inconsistance du monde.