* 25 septembre – Le tribalisme américain

Brèves des jours précédents

Donald Trump honore les vétérans de la Baie des cochons, une opération de la CIA destinée à envahir Cuba et à renverser le régime de Fidel Castro. Il saisit l’occasion pour exprimer une énorme réticence à remettre les clés de la Maison Blanche en cas de défaite à la présidentielle de novembre. ‘’Nous allons devoir voir ce qui se passe’’, commente-t-il , en réitérant que  »les bulletins de vote seront un désastre, allusion claire au contentieux politico-juridique qu’il compte bien exploiter autour du vote par correspondance. Ainsi, Joe Biden, ne pourrait, selon lui, l’emporter que  »dans le cadre d’une élection truquée’’, donc ‘’ il n’y aura pas de transfert, franchement, il y aura une continuité’’ (celle de sa présidence, éventuellement hors-la loi).

Pour ajouter de l’eau à ce moulin complotiste, le Président et son camp s’empressent de tirer profit de la disparition de la juge Ruth Bader Ginsburg, qui était une personnalité-pivot progressiste au sein de la Cour Suprême. Dès que ce tour – légal mais hautement opportuniste – sera joué, les Républicains aborderont la phase post-électorale bien mieux armés pour gagner leurs recours devant les tribunaux. Au-delà d’un coup de force du chef de file populiste, une situation de contestation et de confrontation s’installerait alors entre les citoyens américains. Ce serait aussi une perversion de la neutralité des institutions ‘’suprêmes’’ des Etats Unis. A partir de là, tout peut advenir dans l’ordre démocratique incarné par l’histoire de ce grand pays.

A l’aube de son premier mandat, D. Trump avait déjà surpris en refusant d’accepter par avance les résultats du scrutin. ‘’C’est horrible, s’était exclamé HillaryClinton, ‘’il dénigre notre démocratie’’. On se souvient des manœuvres multipliées – y compris avec la complicité d’une puissance extérieure – pour disqualifier la candidate démocrate de l’époque, pourtant forte d’une avance de trois millions de voix au niveau fédéral. Car la ‘’question fédérale’’ constitue un autre facteur d’injustice mais, il est vrai, qu’aucun des deux camps ne prône le suffrage universel direct. Très attaché à la tradition, le corps électoral a longtemps vécu sous un régime de type Louis Philippe. Le voilà plongeant dans une situation à la malienne ou à la guinéenne… avec un président à vie, qui change, à sa guise, les institutions du Pays et discrimine toute opposition. Fort heureusement, les armées US se tiennent encore à l’écart du pouvoir politique. Mais les milices citoyennes sont en embuscade, prêtes à ‘’faire le boulot’’.

Ce qui me trompe (Kim-Trump) me tient en alerte (nucléaire)

Bonjour aux géostratèges chevronnés ! L’Ourson a suivi avec délectation les amours subites de Kim Jong-Un et de POTUS Trump, à Singapour. Jadis, on chantonnait, à propos de cette rutilante Cité-Etat : « Le crocodile, il est malade … Il est malade, à Singapour… Il faut qu’il mange de la salade … S’il ne veut pas mourir un jour ».

Prémonitoire ! … à contempler la bouille rayonnante du camarade Kim (qui fume du H, question bombe atomique) et l’air méchant et renfrogné de l’Homme à la houpette orange, il n’y a pas photo : on saisit lequel est le crocodile car on a déjà une certaine expérience de ses salades !

Make America great again !

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Mai 2018 : permettez moi un grand coup de pessimisme géopolitique

Damas sous feux croisés

En écoutant les news ce matin, je sentais les missiles iraniens et israéliens me frôler l’occiput. Je me suis dit qu’il devrait être fortement décommandé de relire l’apocalypse de l’apôtre Jean. Plus l’incandescente scène mondiale revêt un manteau crépusculaire, plus on doit – croyez-moi – s’efforcer de s’extraire des prophéties. Cela, de crainte qu’on les amène à s’autoréaliser finalement. Le principe de Günther Anders énonce que plus c’est menaçant, plus c’est réel, moins on veut le voir. Mais là, j’ouvre un cas particulier : non, Trump n’est pas (tout à fait) l’Antéchrist ! Non, Bibi Nétanyahou n’est pas (totalement) l’Archange de la fin des temps ! Non, l’ayatollah Khamenei n’est pas précisément un avatar du grand prêtre Caïphe, qui décréta la passion du Sauveur ! Oublions ça. Lire la suite

Faire la bombe : apocalypses du temps jadis ou de demain matin ?

« Rocket man » et sa bombe H

Sincèrement, merci au « bien-aimé » maréchal KIM Jong Un et à l’ineffable Donald Trump pour avoir remis « La Bombe » à l’ordre du jour. L’engin atomique s’entend. Prenons par exemple la « big tsar » de 75 Mgt dont l’explosion sur le Champs de Mars de Paris propagerait son souffle mortel jusqu’à la porte de Brandebourg de Berlin (pauvres Belgique et Luxembourg, au passage !). Angoissés de l’évolution erratique du climat, nous avions presqu’oublié la persistance du cauchemar nucléaire, foi de Dr Folamour ! Les deux Ubu Roi coréen et américain nous ramènent à son actualité. Celle, exhumées de décennies lointaines, quand des « patriotes » souverainistes et grandiloquents se menaçaient mutuellement d’effacer leurs populations de la surface de la planète. Ces deux-là l’ont fait, hier !

1 – Toute archaïque et « décalée » qu’elle soit, la Bombe H (et les missiles associés) du Nord-Coréen en dit long sur notre monde de 2017, alors que, paradoxalement, un tout nouveau « traité d’interdiction des armes nucléaires » est ouvert aujourd’hui à la signature des Etats. Devant l’A.G. Onusienne à New-York, Emmanuel Macron a bien fait de remiser au « Vieux monde » les deux protagonistes précités. A fortiori, d’insister sur ce que la stabilité, la justice et la paix procèdent de l’ordre multilatéral, celui qui est le mieux adapté au règlement des problèmes du monde. On voudrait ne connaître que des nations adultes, capables de composer entre elles et de respecter le droit, sans pour autant desservir les intérêts de leurs populations, bien au contraire ! Triste à dire : l’horizon crépusculaire de la Guerre « tiède » (on a vu deux menaces d’utilisation de l’arme atomique et deux millions de morts dans les années 1950-53, durant la guerre de Corée) pourrait être celui vers lequel la scène mondiale régresse à grande vitesse. Et la paix des Nations-unies, empreinte de bon sens, telle qu’imaginée en 1945, ferait désormais figure de rêve chimérique… En d’autres termes, le risque d’un holocauste nucléaire serait plus fort que la probabilité de voir les puissance nucléaire mettre effectivement en œuvre le traité de désarmement nucléaire promu par l’ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) et plusieurs petites nations pacifiques et assurément éthiques. Leur initiative ne peut qu’être louée, mais la réalité est ailleurs, hélas !

– La France et beaucoup d’autres pays aimeraient voir Donald et Jong Un se calmer un peu. Mais personne ne dispose du levier miraculeux pour ce faire, même la Chine, l’Europe, encore moins M. Antonio Guterres, le secrétaire général de la « Grande maison de verre ». La temporalité dans laquelle baignent les Q.I mentaux de Trump et de Kim (s’ils disposent toutefois de plus qu’une moelle épinière) est celle d’un monde archaïque et violent. Dans un tel contexte, qui oserait baisser sa garde nucléaire ?

2 – Mais les choses sont plus complexes. Constater l’efficacité passée de la dissuasion est un chose. Dénoncer comme immoral le concept de destruction mutuellement assurée et redouter un nouvel Hiroshima en pire en est une autre, entièrement fondée. Alors, quoi ! On sort du cauchemar ou on s’y mure « douillettement » ? Dans le nucléaire stratégique, tout est en fait paradoxal : les niveaux de raisonnement et de perception s’excluent comme l’huile et l’eau. Aucun angle est en soi faux, mais la grande image est inaccessible. Les acteurs sont fuyants.

– Rappelons que l’Histoire – celle de ce second conflit mondial – a accouché de cette arme génocidaire. On n’effacera jamais ce legs, qui pose la question de la lourde responsabilité de la science vis-à-vis de la survie humaine.

L’occasion d’entamer un désarmement nucléaire global a sans doute été perdue dans les années 1990. Après la chute du mur de Berlin, les arsenaux de chacune des deux super-puissances d’alors ont été ramenés à 1900 ogives montées sur des lanceurs plus 4 à 5.000 « en stock » et encore 6 à 7000 « promises à démantèlement et destruction ». Un progrès incroyable sur les années 1960 ! Actuellement, il en reste en gros 15.400 à travers le monde. Imaginez que ce stock ait été réduit à quelques centaines, même un ou deux milliers de têtes : un bond décisif aurait pu être accompli vers un désarmement général, par étapes : quelques centaines d’ogives conservées pour les Super-grands, quelques dizaines pour la France, le Royaume Uni, la Chine, Israël, l’Inde et le Pakistan. A l’époque, entre Eltsine, Bush-le père, JIANG Zemin, Mitterrand, la confiance était bien meilleure.

– On aurait dû aller plus loin, tout simplement parce que le Traité de Non-prolifération de 1968, dans lequel beaucoup voient encore la clé de voûte de la stabilité mondiale, obligeait les puissances détentrices, au titre de son article 6, à désarmer, non pas d’un coup (c’eût étét un coup de poker sur notre survie) mais par étapes. En contrepartie, les Etats non-dotés s’engageaient à ne pas développer l’arme et à ne pas l’acquérir. Enfin, chaque Etat-membre de l’ONU s’est ensuite engagé à filtrer soigneusement ses exportations de technologie nucléaire et balistique civiles de façon à absolument éviter toute prolifération militaire par le biais du commerce entre entreprises. Pour la France, une stricte suffisance a été recherchée. Paris a démantelé la composante terrestre de son arsenal atomique (adieu, Pluton et Hades !), réduit la composante aérienne (missiles ASLP) et limité à quatre bâtiments sa composante océanique, aujourd’hui le pilier central de sa dissuasion. Ce faisant, son arsenal a été réduit d’environ 500 têtes à plus ou moins 250. Ce n’est pas rien. Ses dirigeants étaient-ils décidés, ainsi qu’on l’affirme à posteriori, à entrer dans les négociations de contrôle et de réduction des arsenaux nucléaires, aux côtés des deux super-puissances ? Leur sincérité est fonction d’homme et de calcul politique. Mais dans un rapport initial de force de 250 à 7000, la France n’avait aucune chance de pouvoir sauvegarder un équilibre stable et son indépendance, aux étapes suivantes du processus.

3 – Rien du dispositif d’ensemble n’a été respecté : Israël, malgré les termes ambigus dont elle use à propos de son arsenal, dispose aujourd’hui d’une capacité à dévaster les pays arabes autour d’elle. Elle a été en partie armée par la France, au cours des années 1950. Les pays arabes, eux, se sont dotés, tout aussi clandestinement et de façon tout aussi illégale, d’arsenaux chimiques et balistiques. On parle des « armes de destruction massive (ADM) du Pauvre ». Des pays industriels, tels l’Allemagne, ont fait preuve de négligence, notamment à l’égard de l’Irak (que la France armait, par ailleurs, contre l’Iran). Nous ne sommes pas parvenus à régler le lancinant contentieux israëlo-arabe, seule voie possible pour rétablir un minimum de confiance au Proche Orient et y favoriser un désarmement bio-chimique comme nucléaire. Saddam avait interrompu, au bord du gouffre, son aventure nucléaire mais il a utilisé les armes chimiques contre des militaires et des civils. Bachar et son père, aussi, en Syrie. L’Iran, gazé par Saddam, s’est attelé à développer sa bombe atomique. Les six puissances « tutélaires » du TNP l’ont convaincue de suspendre, pour 10 ans, la production d’explosif militaire fissile, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales imposées par l’ONU. L’AIEA, l’agence de l’Energie atomique de Vienne, constate que Téhéran se conforme à ses engagements tout en poursuivant ses activités balistiques. Mais les Etats-Unis de Donald Trump veulent dénoncer l’accord de juillet 2015, si péniblement obtenu. Ils menacent à présent la République islamique (comme la Corée du Nord) de leur gros bâton.

– Quel flagrant échec pour l’Occident ! Quelle fuite en avant des acteurs régionaux ! Si l’on excepte la Libye, qui, en 1998 a rendu son arsenal nucléaire (comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et la Biélorussie)- mais cela n’a pas porté chance à Khadafy, en 2011 – la prolifération de ces armes de destruction massives concerne actuellement quelque vingt-cinq pays ! Les Nations Unies recensent huit puissances- dotées car elles ne sont pas libres de dénoncer. Cette réalité de plus de 25 apparaît si l’on comptabilise Israël et tous les pays dits « du seuil », c’est à dire capables d’assembler ce type d’armes en quelques semaines. Ayant tout préparé à cette fin, ils se gardent bien de les exhiber ou même de reconnaître les posséder, en violation du droit international. Pire encore, contrairement à la France, ces pays fraudeurs ont, eux, de vrais ennemis qu’ils voudraient anéantir. Ils ne visent pas tant une posture avantageuse qu’une possibilité de première frappe contre ceux-ci (Pakistan -> Inde ; Corée du Nord → Etats Unis, Japon et Corée du Sud ; Iran → Israël, Arabie Saoudite, Turquie-> ses voisins). Au final, les pays menacés d’une frappe par surprise ont intérêt à s’en prémunir en développant leur propre capacité de seconde frappe (avec un arsenal suffisamment fort pour résister et répliquer à une attaque). Ne doutons pas que le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Egypte aient en tête quelques idées de cet ordre.
Le monde n’a plus rien à voir avec les deux blocs disciplinés et ordonnés de la guerre froide. A elles deux, Washington et Moscou auraient pu nous libérer du cauchemar. Cela n’a pas été fait. Que dire des nébuleuses terroristes qui ambitionnent, elles aussi, de s’approprier l’Arme d’extermination ? Et du crime organisé pur ? Nous nous accrochons encore – désespérément – aux règles du TNP, déjà très impopulaires parmi les pays non-dotés et contestées par eux, en espérant cacher le fait que ce traité prend l’eau de tous bords. Dénoncé, en 2003, par Pyongyang, qui y était partie, il a subi une première estocade et en connaîtra d’autres. Aujourd’hui, le Roi est presque nu. Le dire tout haut ne ferait que précipiter sa déchéance.
Alors, l’autre traité, le tout nouveau interdisant les armes nucléaires, pourrait-il en prendre le relais ?

– Assurément pas, car il ne pourra pas produire les transitions indispensables et n’obtiendra donc pas l’adhésion des puissances légales ou clandestines. Même si elle est simplette, la métaphore du saloon illustre cette faille : lassé des bagarres à l’intérieur de son établissement, le tenancier fait voter à l’unanimité de ses clients l’interdiction d’y introduire toute arme à feu : dorénavant on les déposera à l’entrée. Mais un cow-boy calculateur et mal-intentionné introduit son calibre en cachette. Au premier mot qu’il juge déplacé à son égard, il dégaine et tue tout le monde, sans avoir pris lui-même aucun risque. Les armes de destruction massive – pas seulement les armes nucléaires – que l’on cache sont celles qui seront utilisées le jour où les voisins détestés auront désarmé. La préservation de l’équilibre à la baisse, dans la transparence, est vitale. Ce n’est nullement le mauvais prétexte que l’on soupçonnerait emprunté à des chefs militaires belliciste : c’est une des conditions de notre survie. La survenance, non-anticipée par les acteurs, d’une rupture dudit équilibre ouvrirait une opportunité d’agression sans réplique et des réactions en chaîne, par le jeu des alliances. Comme les « binômes maudits » sont désormais nombreux, aucun gendarme mondial ne parviendra à s’assurer préalablement de la bonne foi, voire de la santé mentale, de toutes les parties prenantes.

– Sommes-nous passés à côté, une fois pour toute, d’une fenêtre d’opportunité pour libérer l’humanité (pas la planète, qui s’en moque) d’une grave menace créée par l’Homme contre l’Homme ? Aucune raison de s’en féliciter. Ni de célébrer la « victoire du réalisme sur l’éthique ». Ce serait indécent, triste et irresponsable. Rien n’est jamais scellé pour toujours. Employons-nous déjà à recréer, étape après étape, une vraie communauté internationale, bâtie sur la confiance et les progrès du droit. Les citoyens du monde devront s’y impliquer. C’est le vœu caressé par les humanistes atterrés d’un 21 ème siècle inquiétant, mais qui a du temps devant lui.