* 15 septembre – Reprendre langue avec les talibans

Ce blog a été un rien catégorique concernant le rôle de l’émirat du Qatar en Afghanistan. Il reconnaissait que Doha était un interlocuteur obligé avec les talibans. Il n’y en a pas d’autre, c’est vrai. Mais il exprimait le doute que sa diplomatie puisse vraiment extraire de griffes talibanes les masses de malheureux laissés pour compte par le retrait américain. Sur ce point, c’était à moitié réaliste. Ainsi, 49 français ont pu rejoindre, hier, Doha puis Paris sur les ailes de Qatar Airways. D’autres occidentaux vont en faire autant à plus long terme. C’est un demi soulagement. Les nouveaux maîtres de Kaboul souhaitent  »se débarrasser » des étrangers inassimilables à leur loi rigoriste. Ils tiennent donc leur  »promesse » sur ce point et s’entendent avec le petit émirat, chef de file des frères musulmans, pour qu’il organise pratiquement ces départs. Mais s’agissant de leur engagement à laisser partir les Afghans qui le souhaitent, les talibans mentent (comme le déclare Jean-Yves Le Drian) et n’ont aucun souci des enjeux humanitaires. Une lutte pour le pouvoir semble en cours entre leurs chefs. Le mollah Baradar, tête de proue des  »pragmatiques » ne répond plus à l’appel et les éléments les plus durs ont le vent en poupe.

On est pourtant entré dans la phase post-militaire de la crise afghane. Celle que les guerriers islamistes ne savent pas gérer. Nos répulsions politiques ou confessionnelles ne comptent plus : seul importe le sort matériel et moral de 38 millions d’Afghans dont la vie est fracassée et la survie compromise. Antonio Guterres a raison de marteler ce point et de s’inquiéter de l’immense détresse alimentaire, médicale, financière, etc. qu’entraîne la victoire talibane. Il est dans son rôle réaliste et lucide de  »patron » de l’ONU d’argumenter en faveur de contacts – voire de vraies relations – avec les  »étudiants en religion », car c’est seul moyen de permettre le sauvetage. D’ailleurs, une récente réunion de bailleurs de fonds internationaux à New-York à aboutit à une mobilisation  »’potentielle » de plus d’un milliard de dollars.  »Potentielle » et même seulement  »virtuelle », tant que l’Occident, humilié par cette guerre perdue, attachera à la libération des fonds des conditions politiques – conformes à la morale – que les nouveaux maîtres de Kaboul, archaïques, ignorants et autocentrés, ne vont pas accepter. La tentative consistant à parler aux talibans et de s’assurer de leur vigilance anti-terroriste (Al Qaïda et Daech sont chez eux, en petit nombre), en échange de notre aide humanitaire doit être poursuivie. L’Afghanistan, perdu militairement, reste  »re-gagnable » par une soft politique intelligente, plus sobre, plus généreuse, plus patiente.

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