* 4 octobre – GRRR : le ton monte !  

Depuis quelque temps, le ton monte entre la diplomatie française et ses partenaires étrangers. Enorme ‘’coup de gueule’’ contre l’Australie, qui fait faux bond sur le contrat des sous-marins ; bouderie et reproches adressés à Washington, qui a frappé d’‘’un coup dans le dos’’ son plus vieil allié en le shuntant de son dispositif stratégique en ‘’Indopacifique’’ ; dénonciation furieuse de l’illégitimité de la junte malienne qui l’accuse d’un ‘’abandon en plein vol’’ tout en louchant sur les mercenaires de Poutine pour la remplacer. Dès le surlendemain de ce cette prise de bec et sans préavis aucun, un grand coup de sabre silencieux ampute la circulation des Maghrébins – souvent des parents de nos binationaux – entre les deux rives de la Méditerranée. Cette mesure unilatérale fait l’effet d’une bombe, dont Paris assume sans état d’âme l’impact humiliant et même déstabilisant. Après quelques protestations plutôt modérées des gouvernements ‘’punis’’ de façon publique, on aurait pu s’en tenir là…

Mais non. Il fallait bien que l’opinion perçoive que l’heure n’est plus aux vacheries feutrées et aux sous-entendus doucereux dans la tradition des chancelleries. Fi des traditions de discrétion et de respect des formes et des convenances ! La diplomatie française au niveau suprême se fait incisive, offensive même. A l’occasion d’un dialogue qu’il a improvisé avec ceux que l’on nomme les petits-enfants de la guerre d’Algérie, Emmanuel Macron assène coup sur coup : ‘’ l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle ;  il y a une  haine contre la France, non pas de la part de la société algérienne mais du système politico-militaire. Ce système est fatigué, le Hirak (mouvement d’opposition de la jeunesse qui a fait tomber l’ex-président Bouteflika) l’aurait fragilisé. Abdelmadjid Tebboune, le président du pays, serait pris dans un ‘’système (politico-militaire) très dur’’. Enfin, pour achever le patient : La France sert de bouc-émissaire aux échecs du système, en tant qu’ex-puissance coloniale. Mais ‘’est-ce ce qu’il y avait une nation algérienne, avant la colonisation française ‘’ (en oubliant la Turquie ottomane) ? ‘’Qu’on soit les seuls colonisateurs c’est génial’’ !

Si cette plongée dans une crise aigüe avec Alger n’était peut-être pas calculée, le risque d’un tapage médiatique aura été assumé. Comment aurait-on pu garder confidentiels des propos aussi violents qui portent atteinte aux fondamentaux existentiels de l’Algérie actuelle ? Le propos aurait pu prendre la forme d’un excellent télégramme diplomatique destiné à un cercle confidentiel d’experts et de décideurs. Tous les Etats du monde se jaugent à huis clos et scrutent leurs failles respectives… mais chut ! Car, le ton mis à part, l’analyse tient la route et l’on ne peut critiquer le président français pour un manque de lucidité, du moins sur le fond. Mais, sabrant quasi-publiquement la légitimité du régime algérien, moquer ses échecs et diviser la société en trois blocs antagonistes (l’opposition au système, sans haine pour la France, les militaires dans une posture de haie et de fausses excuses et le président Tebboune, en quelque sorte ‘’otage’’ de ses prétoriens). Classiquement, le donneur de leçons un rien méprisant, est perçu comme s’ingérant dans les affaires de l’autre … ‘’de manière irresponsable’’, ajoutent les deux communiqués algériens courroucés. ‘’Conception hégémonique’’, souligne Alger, ‘’qui relève d’une vision éculée des rapports être les Etats’’. Il est clair que la déconstruction conceptuelle de l’épopée historique comme de la scène politique algériennes a quelque chose d’une intrusion, qui vous laisse à nu.

Les efforts pour arrimer ce grand voisin de la rive Sud à un ensemble euroméditerranéen à même de stabiliser la région (et de prévenir des opérations jihadistes sur le Vieux continent) pourraient s’en trouver compromis … à moins qu’on ne mise à Paris sur une chute prochaine du régime (ce serait pour le coup vraiment irresponsable !). Toute l’approche mémorielle par touches successives entreprise par trois présidences françaises pour panser et dépasser les blessures de la guerre d’Algérie parait ruinée pour un bon moment. Avec la même imprévisibilité que pour les visas, des représailles algériennes sont tombées. Outre le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris – ce qui n’est pas rien – elles affectent des intérêts stratégiques français : l’accès au Sahel, via le ciel algérien, des avions militaires français participant à Barkhane et à d’autres opérations. Comment la brouille franco-algérienne va-t-elle être perçue en Afrique subsaharienne ? Cette France, fière de ses propos tranchants y collectionne les difficultés relationnelles, pas seulement avec le Mali. Elle n’a rien obtenue de concret, en retour de ses accès de colère contre l’Australie et les Etats Unis. Elle se heurte au Royaume Uni sur les dossiers post-Brexit (‘’give me a break’’, dixit Boris Johnson). Elle s’en prend à des partenaires plus qu’aux grands prédateurs du moment : la Russie, la Chine, la Turquie (qui -il est vrai – a absorbé quelques piques cet été). Les citoyens électeurs français aiment les postures brillantes et querelleuses et s’intéressent moins au fond. Mais doit on frapper tous azimuts ? L’état du monde est fragile et pourrait demander plus de pragmatisme prévoyant et de persistance.

Juste une opinion.

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