* 29 mars – Etats d’âme et fatigue de guerre

Est-ce l’effet d’une vie sur les nerfs, sans sommeil et sans répit ou de celle de son armée, la volonté de limiter un désastre humanitaire ou encore la réalisation des limites à l’engagement de l’Occident de le soutenir ? En tous cas, le président ukrainien donne par moment l’impression d’offrir des gages à l’Ennemi pour faire taire les armes. A l’occasion d’un nouveau round de négociations à Istanbul ce lundi 28 mars, Volodymyr Zelensky s’est ainsi déclaré prêt à faire ‘’quelques concessions’’ sur les exigences du Kremlin, en échange d’un cessez-le-feu. Bien sûr, la guerre psychologique étant ce qu’elle est, il opte – non sans raison – pour le rôle du gentil, un peu abandonné. Mais sa constance dans ce registre convainc.

– Le contexte est suffisamment compliqué pour qu’on s’y perde un peu : ‘’après avoir échoué à prendre Kiev et à renverser le gouvernement’’, analyse son chef du renseignement militaire, ‘’Moscou pourrait imposer une ligne de séparation entre les régions occupées et non-occupées‘’… une tentative d’instaurer une partition de l’Ukraine à la coréenne ou du type ‘’France 1940’’. Ceci entrainerait la perspective d’un conflit long, avec des phases de flux et de reflux et sans doute une entrée en guerre de l’Alliance atlantique. On finira par en arriver là. Est-ce là son message ?

– S’agissant de la candidature de son pays à l’Otan, il confie à la chaîne ABC – comme pour donner des gages à Moscou – avoir tempéré sa position et compris que l’Otan n’était pas prête à accepter l’Ukraine. ‘’ Nous avons besoin de plus d’armement. Nous devons non seulement protéger l’Ukraine mais aussi les autres pays d’Europe de l’Est, sous la menace d’une invasion russe’’. A plusieurs reprises, il a jugé insuffisante l’aide qu’il reçoit de la part des Occidentaux. L’Ukraine a demandé1 % des avions et des chars de l’Otan, expliquait-il hier. ‘’Et cela fait déjà 31 jours que nous attendons’’ !

– Parlant à plusieurs médias russes, plus ou moins indépendants, le président ukrainien s’est affirmé ouvert à deux des objectifs de guerre formulés par Moscou : une forme ad hoc de neutralité et la dénucléarisation de son pays. ‘’Nous sommes prêts à l’accepter après l’avoir étudié en profondeur’’, leur a indiqué Volodymyr Zelensky. La dénucléarisation est en fait acquise depuis les memoranda de Budapest conclus avec la Russie, en 1994. C’est plutôt de la ‘’re-nucléarisationn’’ de la Biélorussie qu’il conviendrait de traiter actuellement. La neutralité est un terrain très glissant. Zelensky a posé plusieurs conditions de bon sens. Ce statut neutre serait conditionné à un retrait des troupes russes des territoires qu’elles occupent. Qui en assurerait le contrôle ? De plus, si cela aboutissait, l’issue des négociations devrait être soumise à un référendum. Sauf à monter une mascarade électorale sous la pression des fusils russes, il y a peu de chances que les Ukrainiens acceptent de désarmer leur patrie et de la priver d’allié extérieur.

– Sur la Crimée, annexée en 2014, le président ukrainien assure qu’il est disposé à ‘’se prononcer sur certaines formes de compromis ‘’. Abordant la question des délais de temps, il enchaine : ‘’l’arrêt de la guerre, maintenant, c’est ça la question’’. Comment le contrer sur ce point ?

– Il y a trois jours, le commandement militaire russe a annoncé vouloir  désormais concentrer le gros de ses efforts sur l’objectif principal : la ‘’libération’’ du Donbass. Sur le plan stratégique, cela ne présage nullement un désengagement du quart du territoire ukrainien envahi par ses chars. On pourrait imaginer qu’au mieux les prises effectuées au Nord et au Sud serviraient de monnaie d’échange… ou même pas. Côté russe, on en est à préparer l’annexion des deux oblasts orientaux. Le chef séparatiste de Lougansk appelle ainsi à ce que cette entité (dont Moscou a reconnu l’indépendance) ‘’rejoigne’’ la Fédération de Russie, ‘’dans un avenir proche’’. Là encore, le président ukrainien ne paraît pas totalement fermé à un scénario d’accommodement. ‘’Nous devons tout faire pour que le Donbass et la Crimée nous reviennent’’, mais, dans une interview à ABC News, il s’est également dit ouvert à un compromis  quant au statut des territoires séparatistes. Selon lui, il faudrait revenir là où tout a commencé, et de là, essayer de résoudre la question du Donbass. ‘’Nous comprenons qu’il est impossible de libérer complètement le territoire, de forcer la Russie. Cela mènerait à la troisième guerre mondiale, je le comprends parfaitement et je m’en rends compte’’.

– Il a réitéré plusieurs fois sa demande d’une rencontre avec Vladimir Poutine. Ce serait, selon lui, le meilleur moyen de faire avancer les négociations. Début mars, il appelait le président russe à ‘’discuter, entamer un dialogue, au lieu de vivre dans sa bulle’’. A présent : ‘’qu’il sorte de là où il est et vienne me rencontrer’’. Moscou le déteste mais a aussi peur de lui. Il peut toujours courir pour parler les yeux dans les yeux avec son agresseur. Peut-être que ça aussi lui cause un état d’âme.

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